Un questions-réponses réalisé avec Caroline Vicq, en direct de Buenos Aires, en Argentine

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grossesse © Nico&CO

En Argentine, la dépénalisation de l’avortement pourrait faire son chemin. Le 13 mars dernier, la Cour suprême l’a autorisé, mais uniquement en cas de viol. Depuis, les associations multiplient les campagnes un avortement sécurisé, légal et gratuit, car l’Interruption volontaire de grossesse est un vrai problème de santé publique dans toute l’Amérique latine et en Argentine en particulier.

Selon les chiffres du Ministère de la Santé, 350 femmes meurent par an à cause des complications d’un avortement. En plus de ces décès, on compte 80 000 femmes hospitalisées chaque année après avoir réalisé un avortement clandestin.

En tout, 400 000 interruptions volontaires de grossesses sont effectuées dans le pays, selon les chiffres officiels de l’OMS. Des organismes locaux estiment que 600 000 femmes avortent tous les ans, contre 700 000 naissances par an. Le rapport est presque d’une naissance pour un avortement, ce qui est énorme.

Les associations espèrent donc que cette décision de la Cour Suprême d’autoriser l’IVG en cas de viol servira de tremplin vers la [sa] légalisation totale.

- Quel changement, dans la société argentine, a provoqué cette décision de justice ?

D’abord, le cas d’une jeune fille a fait prendre conscience de la gravite du problème. Une adolescente de 15 ans enceinte après avoir été violée par son beau-père, poursuivie en justice pour avortement illégal. Le procès a été très médiatisé. En 2011, pour la première fois dans l’histoire, la question de l’avortement a été débattue à la Chambre des députes.

Le second changement, c’est que la société est plus ouverte, plus moderne. Les Argentins revendiquent de plus en plus leurs droits à la santé, leurs droits sexuels. Le mariage homosexuel est d’ailleurs autorisé. Il faut quand même rappeler que l’Argentine a vécu de longues années sous la dictature militaire. La dernière a duré de 1976 à 1983. L’histoire est aussi marquée par l’influence de l’Eglise catholique, qui est un véritable acteur politique, dans toute l’Amérique latine. En Amérique du Sud, il n’y a que la ville de Mexico et Cuba qui ont dépénalisé l’avortement, signe que l’Eglise est encore relativement puissante.

  • Les Argentins sont donc sur la voie du changement, mais quelles conditions doivent être réunies pour que l’on parvienne à une légalisation totale de l’avortement ?

Pour adopter la loi, il faut 130 votes. En quelques semaines, une soixantaine de députés se sont engagés à voter pour. Ce qui peut également aider, c’est le nombre important de femmes députées à l’Assemblée nationale.

Même si elles ne sont pas toutes en faveur de l’IVG, elles ont tout de même une conscience plus importante sur la condition de leurs pairs que les hommes.

Enfin, les associations argentines citent beaucoup le modèle français. En France aussi, c’est un procès d’une mineure violée poursuivie pour avortement qui avait introduit la question dans la société : le procès de Bobigny, en 1972. Deux ans après, le texte a été adopté.

Il y a donc encore beaucoup de travail, mais surtout beaucoup d’espoir.

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