Un reportage de Caroline Vicq, à Buenos Aires, en Argentine

Lorena Pujo de Greenpeace Argentine :

Les analyses montrent qu’il y a dans l’eau des substances venant des industries: mercure, plomb, zinc. Les sols présentent un haut niveau de pollution. On peut nettoyer le Riachuelo mais pour y arriver, il faut commencer aujourd’hui.

Argentine - Buenos Aires
Argentine - Buenos Aires © Wikimedia Commons

Lorena Pujo travaille pour Greenpeace en Argentine, l’ une des ONG qui dénoncent la pollution du Riachuelo, ce fleuve qui traverse la région de Buenos Aires et qui se jette ensuite dans l’océan. Il fait partie de l’un des 10 sites les plus pollués au monde selon l’ONG Blacksmith Institute. Et cette pollution fait courir un vrai risque sanitaire aux milliers de familles vivant sur les bords de ce fleuve-poubelle.

Une eau trouble, des bouteilles en plastique à la surface, une odeur nauséabonde : le Riachuelo semble une décharge flottante. Mais ceci n’est que la pointe de l’iceberg, car en allant chercher plus profondément, on y trouve du plomb, du mercure, du zinc, aux taux 50 fois supérieurs aux valeurs autorisées.

Sur les bords de ce fleuve de 80 km de long vivent 1300 familles dans des bidonvilles. Un organisme gouvernemental tente de reloger ces habitants. 500 ont déjà pu s’installer dans une petite maison, comme Yanina et son petit garçon :

Là-bas, notre maison, était sur le point de s'écrouler. C'était très dangereux. Alors on est très contents. Surtout pour mon fils qui est petit et qui est malade. Il a des bronchospasmes, des problèmes dans le sang, à cause du Riachuelo. Mais maintenant, je suis contente. En plus, on n'aura plus froid, on n’aura plus peur. Je vais pouvoir aller travailler en toute sécurité, sans qu'on vienne me voler ma télé ou mon frigo. C'est fini. Je veux que mon fils grandisse bien.

Même soulagement pour Elsa :

Tout le monde était désespère et voulait s'en aller. Il y a beaucoup de rats là-bas. Mais il reste encore des familles avec leurs maisons qui s'enfoncent pratiquement dans le Riachuelo. Quand il pleut, il pleut a l'intérieur. Il faut pousser les lits, enlever les matelas. Parfois, l'eau entre dans les habitations quand le Riachuelo déborde. Donc, j'espère que les autorités ne s'arrêteront pas de reloger les gens.

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En plus de reloger ces Argentins vulnérables, un plan de l’Etat activé en 2008 consiste à nettoyer le fleuve et à sanctionner les industries polluantes. Lorena Pujo, de Greenpeace Argentine :

Aujourd'hui, contrairement à il y a 5 ans, on ne peut pas dire que rien est fait. Ils ont retiré de l'eau les carcasses de bateaux et de voitures oxydées, ce qui était le symbole de l'oubli et de l'abandon du Riachuelo. Les autorités sont aussi en train de nettoyer la côte. En tout, il y a 15.000 industries et 1500 sont responsables de la pollution: les tanneries, les usines métallurgiques, pétrochimiques et frigorifiques. Mais le Riachuelo en fait, c'est l'histoire de l'industrialisation argentine. Les premières industries étaient celles qui salaient la viande, et puis les abattoirs, qui se sont installés dans cette zone. Les premières plaintes de contamination datent de cette époque, au moment de l'indépendance de l'Argentine, en 1810.

Sur les 1500 industries polluantes, 280 seulement ont été fermées, mais la qualité de l’eau et de l’air y est toujours alarmante. Quelques actions, donc, mais peu de résultats dans un pays en développement, peu conscient de la protection de l’environnement et qui a sans doute d’autres priorités.

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