Un reportage de Bineta Diagne, à Dakar, au Sénégal

Fadel Barro :« Si sa candidature passe, on va vivre encore 50 ans où des hommes politiques vont essayer de jouer avec la loi pour rester au pouvoir. Mais si on la règle définitivement, le Sénégal va passer une étape où on va respecter la loi et on va nous prendre au sérieux »

Abdoulaye Wade (Forum économique de Davos, 2009)
Abdoulaye Wade (Forum économique de Davos, 2009) © Radio France / World Economic Forum

Fadel Barro est le coordonateur du mouvement « Y’en a marre », qui constitue depuis un an l’un des moteurs de la contestation du régime d’Abdoulaye Wade.

A 85 ans, Wade brigue un troisième mandat à l’élection présidentielle du 26 février prochain et la validation de cette candidature par le Conseil Constitutionnel la semaine dernière a provoqué la colère de plusieurs milliers de Sénégalais.

Depuis le 27 janvier, 4 personnes ont été tuées dans des violences liées aux tensions politiques. Rencontre avec les membres du mouvement contestataire « Y’en a marre ».

Nous sommes place de l’Obélisque. Plusieurs milliers de Sénégalais ont répondu à l’appel du Mouvement du 23 juin pour demander le retrait de la candidature d’Abdoulaye Wade. Sur scène, Fou Malade l’un des leaders du Mouvement « Y en a marre », encourage la foule à se mobiliser contre un troisième mandat du président.

Fou Malade : « Aujourd’hui, le peuple est à un autre niveau de conscience citoyenne. Cette candidature est une candidature dangereuse qui risque de créer une instabilité politique, économique et sociale au Sénégal »

Ce mouvement est animé par des rappeurs charismatiques de la banlieue dakaroise, qui veulent faire naître un élan patriotique.

Régulièrement, avec une poignée de volontaires vêtus du T-shirt frappé du slogan « Y en a marre », les rappeurs sillonnent les rues ensablées de la banlieue, pour inciter les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales. Fadel Barro, le coordonnateur du groupe.

Fadel Barro : « On a fait une vaste campagne de sensibilisation et on a incité au moins 420.000 jeunes à s’inscrire sur les listes électorales parce que nous avions dit qu’on ne peut pas s’indigner sans au moins détenir sa carte d’électeur pour pouvoir changer les choses. Nous avons fait le choix d’être un mouvement non violent et nous avons choisi de faire le changement par les urnes »

« Y en a marre » réunit des jeunes âgés de 25 à 35 ans. Ce sont des étudiants, des artistes, des intellectuels et des chômeurs. Il y a là une bonne poignée de déçus du régime de l’Alternance démocratique initiée par Abdoulaye Wade. Comme Ousmane Guèye, un habitant de Rufisque.

Ousmane Guèye : « Pourquoi Wade nous met-il en colère ? Parce qu’on dit qu’il a travaillé. Il a travaillé, mais nous les jeunes, on n’a pas vu ça, parce qu’il nous a trahis. Le chômage a augmenté. En 2000, on a voté pour lui, il nous avait promis qu’on aurait tous un emploi »

Pendant la présidentielle de février, ce mouvement aura très certainement un poids dans les choix de l’électorat jeune. Car s’ils se disent apolitiques, les leaders de ce mouvement prétendent cependant rester à l’écoute du candidat idéal, qui répondra aux problèmes des Sénégalais.

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