Un reportage de Grégoire Pourtier, correspondant au Soudan du Sud

Groupe d'homme protégeant leur village des troupes de la LRA, l'Armée de Résistance du Seigneur.
Groupe d'homme protégeant leur village des troupes de la LRA, l'Armée de Résistance du Seigneur. © Trevor Snapp/Corbis

Justin Ebere Genena :

Nous sommes dans un centre monté en 2010, après l’incursion dans cette zone de l’Armée de Résistance du Seigneur, qui s’est alors adonnée aux enlèvements massifs de femmes et d’enfants. Ces personnes font ainsi partie de ceux qui ont été relâchées ou ont pu être libérées par les forces alliées…__

Justin Ebere Genena est un fonctionnaire sud-soudanais, responsable de ce centre de transit où l’on recueille les victimes de la terrible Armée de Résistance du Seigneur, la LRA.

Car cette rébellion née en Ouganda à la fin des années 80 est un mouvement d’une extrême violence, et qui a quitté depuis quelques temps son pays d’origine pour se réfugier dans les épaisses forêts du Soudan du Sud, donc, mais aussi de la République Démocratique du Congo et la République Centrafricaine.

Reportage à Yambio, où d’anciens prisonniers de la LRA se réadaptent à la vie en liberté avant de retourner chez eux.

L’Armée de Résistance du Seigneur est très affaiblie, seuls quelques centaines de rebelles se cachant encore dans la forêt, une forêt quasiment grande comme la France.

La menace est donc aujourd’hui très diffuse, mais les populations continuent de vivre dans la peur.

Car quand elle sort du bois, la LRA rafle tous sur son passage, et notamment les femmes et les enfants.

Des premières, même très jeunes, elle fait des esclaves sexuels.

Des seconds, elle fait des combattants.

Dans le centre de transit de Yambio, on voit ainsi de nombreux bébés nés en captivité.

Et un adolescent timide reconnait qu’il a été contraint de participer aux exactions.

Adolescent timide :

Je vous promets que je n’ai jamais tué, mais j’ai été entraîné à utiliser un fusil AK47. J’ai donc participé à l’attaque de villages, à l’enlèvement de gens. J’en fais encore des cauchemars, mais je crois que tout ça est fini maintenant. Je remercie Dieu, et les gens d’ici, qui m’ont accueilli à ma libération. Aujourd’hui, j’espère au moins pouvoir retrouver ma famille, peut-être retourner à l’école… __

Accueillant seulement les femmes et les mineurs, ce centre de Yambio a plusieurs fonctions.

Il offre une assistance médicale à des corps traumatisés, recherche l’origine des victimes déracinées, et prépare le rapatriement dans les villages.

Car il faut réacclimater ceux qui ont passés des années en brousse, mais aussi s’assurer que les communautés sont prêtes à réaccueillir des personnes que les rebelles ont délibérément déshumanisé.

Justin Ebere Genena :

La LRA initie les enfants au fonctionnement du groupe, d’abord en leur apprenant la langue puis en leur instillant une violence hors-norme. La chose la plus brutale qui soit est de leur faire tuer un membre de leur famille. Ils demandent par exemple à un enfant de tuer son père en présence de la communauté. Cela laisse une trace indélébile pour tout le monde. Chaque membre de la famille sait pertinemment que c’est celui qui a tué son père. Et l’enfant se détache de sa communauté pour être assujettit à la LRA.__

De l’autisme à la violence, les réactions sont chaque fois différentes après les libérations effectuées lors d’opérations militaires des forces armées régionales.

Ainsi, alors que les responsables du centre pensaient que le transit des victimes se limiterait à deux semaines, il s’écoule parfois une année avant qu’elles ne puissent être renvoyées chez elles.

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