Un questions-réponses réalisé avec Sarah Sakho, en direct de Yaoundé, au Cameroun

Quincy Jones
Quincy Jones © veni markovski

Au Cameroun, depuis une semaine, 87 Afro-américains sont en pèlerinage sur les traces de leurs ancêtres. Qu'en est-il précisément de cette initiative ?

Le projet s’appelle « Ancestry reconnection program » qu’on peut traduire en français par « programme de retour aux origines ». Pour l'association ARK Jammers à l'initiative de l'évènement, il s'agit rien de moins que de rendre une partie de leur identité à ces « Cameroonian-americans », ces « Caméricains » - comme ils se sont baptisés eux-mêmes. L'idée, c'est qu'ils retrouvent un peu de la culture de leurs lointains ancêtres, de la même façon que les Italian-american ou les Irish-american conservent quelque chose de la culture européénne de leurs aïeux.

A l'origine, ces Afro-américains ont découvert leur ascendance camerounaise grâce à un test ADN. Cette pratique, très en vogue aux Etats-Unis, permet d’identifier chez un sujet certaines caractéristiques génétiques spécifiques à une ethnie africaine et donc d'établir l'origine de ses ancêtres. Plus de 8.000 Afro-américains se sont ainsi découverts des racines dans l'actuel Cameroun via ces tests ADN.

Une centaine d'entre eux ont décidé de passer leurs fêtes de fin d'années ici, grâce à l'appui de l'ARK Jammers, qui organise ces voyages.

- Que vont-ils découvrir ? En quoi consiste ce fameux voyage de retour aux sources ?

Au-delà des activités touristiques de rigueur, le clou du voyage se passera aujourd'hui, à Bimbia, dans le sud-ouest du pays. Bimbia, c'est une petite ville portuaire camerounaise d’où sont partis les esclaves de la région pour les Amériques. Les « Caméricains » vont y participer à des cérémonies de purification, une sorte de rite de bienvenue avec les chefs traditionnels mis à contribution pour l'occasion. Ils vont, bien sûr, se recueillir sur la plage d'où ont embarqué leurs ancêtres, etc.

Un peu avant, ils ont été rebaptisés de noms camerounais et ont même aussi reçu très officiellement des titres fonciers au cas où, pourquoi pas, ils souhaiteraient avoir un pied-à-terre au Cameroun.

- Comment réagissent ces « Caméricains » ?

Si ce voyage peut sembler bien folklorique vu de l'extérieur, voire un peu naïf, l’émotion de ces Afro-américains est elle bien réelle !Pour l'anecdote, certains sont carrément blancs et ne portent pas du tout sur eux leur origine africaine, très lointaine...

Pourtant, ils sont tous bouleversés par ce qu'ils vivent sur place et ils semblent aussi très fiers de la culture africaine qu'ils découvrent. Pour beaucoup, il s'agissait du voyage de leur vie. Evidemment, ils n'ont qu'une vision tronquée du pays, mais qu'importe, le principal, expliquent-ils, c'est d'avoir enfin l'opportunité de cicatriser une blessure, un vide qu'ils disaient ressentir jusque-là du fait de ne pas savoir d'où ils venaient.

Et parmi les Afro-américains ayant découvert leur origine camerounaise grâce à des tests ADN, on peut citer les acteurs et producteurs Eddy Murphy, Spike Lee, Quincy Jones.

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