Un reportage d'Eric Samson, à Quito, en Equateur

Juan Jiménez : « Moi j’ai assisté depuis 6 mois à 2 ateliers : un de français et un de théâtre. Et j’ai donné un cours de géométrie sacrée et de peinture. Le troc est une façon relax d’échanger du savoir et des connaissances. Et les gens finissent par comprendre que ne pas payer ses cours ne veut pas dire qu’ils sont de moins bonne qualité. »

Juan Jimenez habite Quito, en Equateur, fait partie de ces quelques centaines de personnes qui ont essayé le troc l’an dernier dans le pays. Une pratique millénaire oubliée, mais qui –grâce à la crise économique ou en raison de convictions politique- connaît un regain de succès. A l’image de la Trade School de New York, des écoles de troc se sont créées à Milan, à Singapour et c’est donc à Quito, qu’a ouvert la première école de troc d’Amérique du Sud : la Trueca.

Dans le salon d’une maison de Quito, la leçon de Charleston est sur le point de commencer. La professeure, Yolanda Endara, est danseuse professionnelle. Pour donner une heure de cours, elle a demandé deux poires ou deux pommes, du chocolat, du sucre ou des cigarettes. Alicia Cevallos a suivi le cours et elle y trouve son compte.

Alicia Cevallos : « En période de crise, on garde toujours des choses inutiles, des vêtements qui ne sont plus à la mode, de la nourriture en trop, par exemple des grains secs. Si je ne vais pas les consommer tout de suite, je peux les échanger contre des biens périssables ou contre des vêtements ».

Pour participer à la Trueca, la règle d’or est inflexible : pas d’argent. Tout a commencé il y a 2 ans, un peu par hasard selon Carla Moncayo, l’une des fondatrices de l’école de troc.

Carla Moncayo : « On a commencé à échanger des fringues entre amies. On en profitait pour prendre un café et passer un bon moment. Après on s’est dit qu’on pouvait faire plus. Une amie savait faire des pantalons : on lui a demandé de nous apprendre en échange de choses dont elle avait besoin. »

L’idée est ensuite oubliée pendant un an. Puis, l’une des organisatrices se rend à New York, découvre la Trade School créée par des étudiants pour pallier la crise. L’idée est reprise à Quito à une échelle plus modeste, même si la philosophie reste la même.

Carla Moncayo : « A cause de la crise, beaucoup de gens n’ont pas d’argent, alors qu’ils ont toujours besoin de manger. Pour oublier leurs difficultés ils auraient tout autant besoin de se distraire avec une classe de chant, de danse et d’apprendre à faire des confitures. Impossible sans argent mais avec le troc, facile. »

Au-delà des objets troqués régulièrement, la Trueca cherche surtout à mettre l’éducation à la portée du plus grand nombre. Bilan de sa première année d’activité avec Michèle Soto, l’une des fondatrices.

Michèle Soto : « Les résultats ont été très positifs. Ça nous a un peu surpris… Les gens ont bien réagi, surtout ceux qui ont réalisé qu’ils pouvaient enseigner des choses. On pensait qu’il allait falloir organiser les cours, chercher des profs, mais non, les gens sont venus tout seuls ! On ne les connaissait pas et ils ont proposé de nouvelles classes. »

Les organisateurs et usagers ne sont pas nécessairement des écologistes ou des anarchistes niant l’existence de l’argent. Tous, cependant, comme Alicia, pensent que le système peut être amélioré.

Alicia Cevallos : « On accumule tous. Si vous regardez dans vos placards, il y a des quantités de sacs, de chaussures qu’on n’utilise plus, d’objets fantaisie qu’on achète pour rien, et on se rend compte que l’on entasse et que l’on a du mal se débarrasser de ses affaires. »

La Trueca commencera sa deuxième saison en janvier. Au programme : toujours plus de classes, toujours plus de troc et toujours pas d’argent.

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