Un reportage de Patrice Gouy , à Acapulco, au Mexique

Teresa, musicienne, s’est engagée à fond dans la vie sociale d’Acapulco:

On sait que pour s’en sortir, on ne peut compter sur les autorités, nous avons donc décidé de faire les choses nous-mêmes.__

pillages à acapulco
pillages à acapulco © reuters

Teresa, musicienne, s’est engagée à fond dans la vie sociale d’Acapulco. La station balnéaire mexicaine se remet progressivement des terribles violences provoquées par la guerre que se livrent les cartels de la drogue depuis 5 ans pour le contrôle d’un des principaux ports du Pacifique.

Dans le quartier très populaire de Petaquillas, dans le vieil Acapulco, surgissent, un peu partout, des initiatives les plus diverses pour tenter de reconstituer le tissu social et récupérer des espaces publics, afin que les cartels de la drogue ne puissent plus contrôler la vie quotidienne des habitants.

Karim Djelitt, directeur de l’Alliance française, habitant du quartier , a convié une céramiste pour apprendre le métier aux habitants :

On a commencé à faire quelque chose de très simple, avec une mosaïste. On a organisé une résidence d’un mois. On a débuté avec les enfants, qui ont dessiné des motifs muraux, puis on a composé des maquettes avec ces enfants-là, et les adultes se sont ajoutés au projet, tous les jours, pendant un mois. On a commencé à 7-8 personnes par jour, pour terminer à 50 personnes par jour, de tous les âges. Cela a permis, même si c’est de façon très modeste, de reconnecter les personnes entre elles. Elles avaient un projet en commun, qui était de redonner un peu de beauté à leur quartier.

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Une initiative saluée par Beatriz Mojica, la ministre du Développement social d’Acapulco :

Le tissu social, nous le savons, se reconstitue avec le temps. Les indices de violence ont beaucoup diminué dans ce quartier, mais il ne faut pas relâcher nos efforts. Il faut travailler davantage sur les valeurs civiques, sur le respect de la loi. Cette mosaïque est un projet culturel qui accompagne les politiques de sécurité. On a compris qu’il ne suffit pas d’envoyer la police fortement armés, des militaires : il faut avant tout investir dans les gens. Quand on arrive à leur faire comprendre que la violence qu’ils vivent quotidiennement n’est pas une chose normale et qu’on peut s’y opposer et la refuser, alors on peut avancer. L’art et les manifestations culturelles ouvrent d’autres possibilités pour les enfants, qui peuvent envisager un tout autre futur.

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Mais pour que les gens acceptent l’idée de partager et de dialoguer, il a fallu trouver les moyens de les sortir de leurs maisons :

A Petaquillas, pour faire sortir les gens de chez eux et qu’ils se rencontrent, nous avons remis au goût du jour la loterie mexicaine, c'est-à-dire le Loto et la Riata, une corde à sauter de 5 mètres de longueur. Des jeux collectifs traditionnels qui étaient très populaires, mais qui s’étaient perdus avec le temps. Cela a si bien marché que le gouvernement fédéral a décidé de suivre cet exemple pour lutter contre les délits, et a commencé à mettre en place des activités civiques et culturelles dans les quartiers les plus conflictuels.

Le quartier de Petaquillas compte aujourd’hui une vingtaine de fresques et de céramiques réalisées par des artistes locaux. Les ruelles, les escaliers, sont progressivement repeints par les voisins. L’objectif est maintenant de rendre le quartier suffisamment agréable pour que les touristes qui arrivent dans le vieil Acapulco par les bateaux de croisière, puissent monter par les traboules jusqu’au Fort de San Diego.

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