Un questions-réponses réalisé avec Carrie Nooten, en direct de Kuala Lumpur, en Malaisie

Kuala Lumpur (Malaisie)
Kuala Lumpur (Malaisie) © sidorenko_alexey_a

En Malaisie, à Kuala Lumpur, la capitale, où plus de 25.000 personnes ont manifesté samedi pour réclamer un nettoyage des listes électorales et des élections « justes », un mouvement qui pourrait bousculer le calendrier électoral et les prochaines législatives prévues d’ici 2013. Hier, le conseil de l’ordre des avocats a dénoncé la violence policière exercée pendant la marche du week-end dernier.

Pouvait-on s’attendre à ce qu’elle prenne une telle ampleur ?

On la redoutait, mais seulement depuis quelques jours, car a priori, le gouvernement avait déclaré la manifestation légale, tout aurait dû bien se passer ! Or, le maire de Kuala Lumpur a remis de l’huile sur le feu cinq jours seulement avant la marche, en interdisant au cortège l’accès à la fameuse place de l’Indépendance.

Alors forcément, cela a remonté, vous imaginez bien, les sympathisants de Bersih, ce groupe pacifiste qui réclame un changement des règles électorales et des observateurs internationaux pour les prochaines élections.

Pourtant, la marche s’est bien déroulée dans le calme, ce n’est qu’à la fin que les choses ont dérapé. Certains ont tenté de forcer les barrages des policiers, qui ont rétorqué avec force de gaz lacrymogènes et canons à eau… Plus de 200 personnes ont été arrêtées.

On est loin des 1.600 arrestations lors de Bersih 2.0 en juillet dernier. Reste que la violence est montée d’un cran selon les avocats malaisiens, et que des pressions ont été exercées sur les médias.

- Quelles avaient été les conséquences de cette deuxième manifestation de Bersih, Bersih 2.0 ?

Bersih 2.0 avait eu lieu en plein printemps arabe, et la répression de la manifestation avait sérieusement écorné l’image du premier ministre Najib.

Celui-ci a eu alors le réflexe de mettre en place de nombreuses réformes, dans le domaine des libertés individuelles notamment : les étudiants ont désormais le droit de manifester depuis quelques semaines, les droits des journalistes ont été élargi, ou la détention arbitraire de 60 jours est passée, tenez-vous bien, à 28 jours !

Ca reste fou, mais ce sont autant de petits signes d’ouvertures. Le rendez-vous raté de Bersih 3.0 ce week-end fait oublier toutes ces avancées.

- Qu’est ce que tout cela laisse présager pour le scrutin qui devrait être organisé d’ici l’an prochain ?

Ce sera certainement le scrutin le plus serré de l’histoire de la Malaisie ! La coalition menée par le premier ministre est au pouvoir depuis 55 ans, lorsque les Britanniques ont quitté le pays… et elle est réputée pour sa corruption.

Le premier ministre Najib lui, reste assez populaire dans les couches les plus aisées et les plus basses, mais s’est complètement coupé de la classe moyenne, choquée par les répressions successives des manifestations.

La seule chance du parti majoritaire pour l’instant, c’est que l’opposition n’est pas totalement unie en face de lui.

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