Il y a des femmes qui racontent des histoires de harcèlement très éprouvantes, et je crois que le fait de raconter leur permet de se libérer, de se défaire des préjugés, et d’un autre côté cela rend la société plus consciente du problème.

Le harcèlement et les agressions sexuelles : ce que la société mexicaine n'a pas voulu voir pendant très longtemps, les femmes le racontent aujourd'hui en détails. Après une grande manifestation contre la violence machiste à Mexico, fin avril, des milliers de victimes sont sorties de l’ombre et se sont emparées des réseaux sociaux pour raconter les abus qu’elles subissent au quotidien. Sur Twitter, le hashtag #MiPrimerAcoso, "mon premier harcèlement", a canalisé la colère de ces femmes, un véritable phénomène sur Internet. Dans la rue, dans les transports, les habitantes de Mexico sont lassées de voir ces agressions minimisées ou banalisées. Reportage sur ce début de rébellion par notre correspondante, Emmanuelle Steels…

Nous voulons montrer que ce n’est pas exceptionnel et qu’il faut parler de sujet à voix haute.

Ce sujet, c’est le harcèlement des femmes. Journaliste, féministe, colombienne installée au Mexique, Catalina Ruiz Navarro, a lancé dans ce pays le hashtag “Mon premier harcèlement”. Un véritable cri de ralliement pour les victimes, jusqu’à 420 mentions par heure sur Twitter, et des milliers de Mexicaines qui se souviennent. “J’étais assise dans le bus. Un homme, debout, a ouvert sa braguette sous mon nez. J’avais 12 ans”, raconte l’une d’entre elles. Catalina explique que cette idée, d’abord lancée au Brésil, a rebondi au Mexique sous forme de catharsis collective.

Nous les femmes, nous ne parlions pas, car on avait l’impression qu’en le disant à voix haute, on deviendrait des victimes et que ça nous rendraient inférieures. Alors qu’en fait, il s’est passé le contraire. En parlant, nous nous sommes unies, nous avons partagé la même voix et cela nous a donné une crédibilité.

Dans le métro de Mexico, malgré que certains wagons soient réservés aux femmes aux heures de pointe, le harcèlement est constant. Frôlements et agressions, c’est le prix du trajet. Deux passagères sur trois en sont victimes. Sara est l’une d’elles.

C’est tellement bondé, que les hommes en profitent, pour te toucher, pour se coller à toi. Et il y a tellement de gens, que tu ne peux même pas savoir qui s’en prend à toi…

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Finalement, seule une agression sexuelle sur cinq fait l’objet d’une plainte. La majorité des habitantes de Mexico affirment avoir modifié leur habillement pour éviter le harcèlement. Qui fait régulièrement l’objet de blagues à la télévision. Il y a quelques années, un humoriste popularisait le personnage du harceleur.

Des situations de la vie quotidienne censées flatter les femmes et faire rire les spectateurs…

Manifestation contre les violences faites aux femmes, Mexico, 24 avril 2016
Manifestation contre les violences faites aux femmes, Mexico, 24 avril 2016 © MaxPPP
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