Un reportage de Reza Nourmamode, correspondant à La Paz, Bolivie

Julia, une habitante de La Paz :

Ça ne me paraît pas correct. On évoque ici le manque d’eau qui pourrait arriver d’ici deux ou trois ans. Et moi je vois qu’ils ne font rien, car ils continuent à gaspiller l’eau avec leurs jeux. Ça me fait beaucoup de peine parce que des fois, on n’a même pas de quoi boire un verre.__

En Bolivie, le carnaval, qui s’est tenu en février, est le principal rendez-vous festif de l'année mais aussi celui de tous les excès.

Parmi ceux-ci, le gaspillage de l'eau potable. La tradition bolivienne consiste en effet à se jeter des ballons gonflables remplis d'eau. Des millions de litre d'eau potable sont ainsi gaspillés chaque année malgré l'interdiction d'en faire usage.

Maria :

  • On n’a vraiment pas le droit ?

Israël Andrade, garde municipal de La Paz :

  • ça, ça n’est pas pour la consommation, ça n’est pas pour boire, et vous le savez très bien.

Installée sur le trottoir du Prado, l’avenue principale de La Paz, Maria se voit confisquer tout son stock d’eau potable en sachets de plastique qu’elle comptait revendre à l’unité.

Des sachets destinés à alimenter les traditionnelles batailles d’eau du carnaval.

Une pratique que les autorités boliviennes cherchent à éradiquer. Israël Andrade, garde municipal de La Paz.

Israël Andrade, garde municipal de La Paz:

Nous essayons d’éviter le gaspillage de l’eau potable de la part des participants en cette époque de carnaval. Nous ne confisquons pas à ceux qui sont déjà en train de jouer, c’est trop compliqué. On se contente de saisir les stocks des vendeurs.__

Pendant que les gardes municipaux tentent de contrôler la vente d’eau potable, les rues de La Paz se transforment en véritable champ de bataille pour les enfants et adolescents. Protégés par un poncho en plastique et armés de ballons gonflables remplis du précieux liquide et autres pistolets à eau, ils donnent au centre-ville des allures de piscine. Mario, 45 ans, n’apprécie pas le spectacle.

Mario :

Il existe un recul important de nos glaciers, et nous perdons notre eau douce de manière accélérée. Cette situation engage déjà la survie de certaines populations très vulnérables, comme les paysans des haut-plateaux andins. Il faut faire naître une nouvelle culture de protection et de préservation de nos peu de ressources naturelles, dont l’eau fait partie.__

Positionnés à un endroit stratégique de l’avenue, Joel, 16 ans, et ses deux amis, lancent violemment leurs ballons sur les jeunes filles qui passent. Pour ce lycéen, il ne faut pas dramatiser la tradition carnavalesque.

Joël, lycéen de 16 ans :

C’est notre tradition de nous lancer de l’eau, on est entre amis et on s’amuse. Et puis nous jouons avec l’eau seulement durant trois jours, ce n’est pas tant que ça.__

Au niveau national, les autorités ont également combattu d’autres fléaux typiques du carnaval, comme l’excès d’alcool et l’insécurité qui en découle. Le bilan de l’édition 2015 s’est établi à 47 décès en quatre jours de festivités, beaucoup moins que l’an passé quand 75 personnes avaient trouvé la mort.

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