Au début, je consommais par plaisir, puis j’ai commencé à ne plus maîtriser mes émotions. Un jour, la quantité d’alcool s’est faite tout simplement incontrôlable.

Nous sommes en Lituanie et vous venez d’entendre Gytis, un lituanien de 40 ans qui réside aujourd’hui dans un foyer de réhabilitation de personnes dépendantes tenu par des prêtres. Il est l’une des 50 000 personnes souffrant d’alcoolisme dans le pays. La Lituanie est d’ailleurs l’un des pays les plus gros consommateurs d’alcool, 15 litres d’alcool par an et par personne de plus de 15 ans. Un quadruple homicide, puis deux bébés jetés dans un puits par des personnes sous l’emprise de l’alcool ont secoué la société lituanienne. Pourtant le problème est loin d’être nouveau et un plan d’action pour éradiquer le problème se fait toujours attendre. Un reportage de Marielle Vitureau, correspondante dans les pays baltes.

Kestutis Dvareckas est le prêtre qui a fondé cette communauté en 2009. Pour lui les raisons de cette surconsommation d’alcool sont culturelles en Lituanie.

Dès l’époque soviétique, l’alcool sur le lieu de travail a été toléré pour toutes sortes d’occasion. Aujourd’hui, que ce soit pour un baptême ou un enterrement, l’alcool est toujours très présent. Souvent les gens sont insatisfaits, en Lituanie, et l’alcool est un exutoire pour oublier les problèmes.

Et les conséquences de cette surconsommation sont dramatiques pour le pays. Plus de 700 personnes meurent chaque année d’une pathologie liée à la boisson dans un pays de tout juste trois millions d’habitants. Des mesures ont été prises pour freiner cette consommation, mais elles restent symboliques, comme l’interdiction de la vente d’alcool dans les stations essences depuis début janvier. Tout juste 2% de l’alcool vendu dans le pays. Pour le psychiatre, Emilis Subata, à la tête de l’un des cinq centres publics pour personnes dépendantes, l’alcoolisme est trop souvent considéré comme une déchéance morale bien plus qu’une maladie.

Pour soigner la dépression, les médicaments sont remboursés, pas ceux qui aident en cas d’alcoolisme. Toutes les interdictions et les restrictions d’accès à l’alcool ont leur effet, mais il faut qu’il y ait un système d’aide globale pour les foyers où vivent des personnes alcooliques.

Comme souvent, c’est la société civile qui retrousse ses manches pour faire face à ce problème. Saulius Urbonavicius est un chanteur connu, il vante la sobriété en concert et veut un modèle scandinave en Lituanie.

L’interdiction de fumer dans les bars a été une vraie bonne chose, le fumeur se réjouit maintenant de ne plus trop fumer et il n’enfume plus personne. Ce sera la même chose avec l’alcool. Au début, tout le monde s’énervera, criera à la discrimination. Et puis avec le temps, tout s’apaisera et il y aura plus de respect envers les non-buveurs.

Les récents faits divers tragiques ont été un coup de semonce. Le gouvernement vient de retrousser ses manches. Un plan de lutte contre l’alcoolisme doit être mis sur pied à la mi-février. Il faudra désormais réellement l’appliquer.

Bouteilles d'alcool dans un bar
Bouteilles d'alcool dans un bar © Masterfile/Corbis
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