Un questions-réponses réalisé avec Christine Dupré, en direct de Prague, en République tchèque

Centrale nucléaire de Temelin
Centrale nucléaire de Temelin © tucnacek /

Unappel d'offres a été lancé pour la construction de deux nouveaux réacteurs de la centrale nucléaire de Temelín, en Bohême du Sud. Le nom de l’entreprise qui se verra attribuer ce marché ne devait être révélé que fin 2013 mais on a appris, par le dévoilement d’un rapport censé rester secret, que c’est un consortium russe qui devrait l’emporter.

Ce rapport du BIS, le contre-espionnage tchèque, c'est le meilleur site d'informations du pays, aktualne.cz , qui se l'est procuré. On y apprend donc que c'est le groupe russe dirigé par Atomstroïexport et son projet Mir 1200 qui serait le grandissime favori pour l'attribution du contrat Temelín, contrat qui se chiffrera à 20 milliards d'euros. On ne peut pas écarter l'hypothèse d'une "intox" dans cette affaire. Ce rapport, rédigé fin 2010, "fuite" maintenant, au moment où le Premier ministre Petr Necas se trouvait en visite à Washington et où l'administration Obama a fait de son mieux pour lui vendre le projet Westinghouse. Mais le rapport ajoute que pour les autorités tchèques et surtout le géant de l'électricité ČEZ, l'offre russe semble la meilleure : les nucléocrates tchèques et russes se connaissent très bien. Et surtout, les Russes auraient proposé, en échange, de favoriser la participation d'entreprises tchèques à des projets chez eux.

-En dehors du nucléaire, il y a aujourd'hui beaucoup d'investissements russes dans l'économie tchèque, et vice-versa. Pourquoi un tel intérêt mutuel ?

Il y a beaucoup d'argent à faire en Russie, pays qui n'est pas déprimé économiquement, à l'inverse de la zone euro. Les Tchèques de plus de 40 ans parlent le russe et connaissent la mentalité, les pratiques de leurs partenaires. Il existe aujourd'hui des investissements tchèques en Russie dans la construction de réservoirs de gaz et de pétrole, les véhicules militaires, la vidéo et même le sponsoring du championnat de hockey sur glace. Il y a aussi beaucoup d'argent russe dans les entreprises tchèques, souvent dans les secteurs sensibles. Skoda JS, une entreprise tchèque à capitaux russes, fait partie du consortium Atomstroïexport qui veut remporter le contrat Temelin. Autre exemple : dans la ville thermale tchèque de Karlovy Vary, fréquentée par les nouveaux riches venus de Moscou ou de Saint Petersburg, les Russes contrôlent désormais les hôtels, les golfs, les casinos.

- Une telle implication, 20 ans à peine après le départ des troupes soviétiques qui occupaient le pays, n’inquiète-t-elle pas les Tchèques ?

Aujourd'hui, seuls les anciens opposants au régime communiste, qui s'expriment souvent dans les colonnes de l'hebdomadaire intellectuel Respekt disent redouter un retour de l'influence russe dans le pays via la prise de contrôle d'une partie de l'économie. Ailleurs, tout le monde a envie de faire des affaires avec les Russes. Mais il arrive tout de même à des Tchèques ordinaires de "tiquer" quand ils voient le Président de la République Vaclav Klaus, anti-européen forcené, s'afficher en public avec ses amis le Maire de Moscou ou les dirigeants du groupe pétrolier russe Lukoï.__

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