Un reportage de Solenn Honorine, à Bali, en Indonésie

Plage Bali
Plage Bali © tatsu66

Bayu Susila : __ « Moi, je ne veux pas qu’il y ait plus d’investisseurs qui viennent sur mon île. Plus il y aura de capital à investir à Bali, plus il y aura de visiteurs. Et nous, on va finir enterrés vivants ! »

Bayu Susila est le président de l’ONG écologiste « Bali Fokus ». Il tire la sonnette d’alarme sur les dangers du trop, trop vite. Dans les années 2000, Bali avait souffert de deux attaques terroristes et de mouvements de panique liés au SRAS puis à la grippe aviaire. Mais depuis, l’industrie touristique ne s’est jamais aussi bien portée dans l’île aux Dieux, avec deux millions de touristes chaque année, dont 100 000 Français. A tel point que l’on s’inquiète d’un développement incontrôlé.

A Kendran, tout est vert : les bosquets, les champs de riz, les jardinets, les bords de route. Pourtant, malgré la présence de trois sources dans le village, on manque d’eau, explique ce paysan, car c’est le centre touristique d’Ubud, à une quinzaine de kilomètres, qui est desservi en priorité.

Un paysan :« Désormais, i l y a des conflits entre paysans, dans les champs. La nuit, certains vont voler l’eau de leurs voisins. Alors l’harmonie au village… forcément, il y en a bien moins maintenant »

Le scenario se répète à travers Bali, explique Wayan Gendo Suarna, de l’ONG écologiste Walhi. Ironiquement, seules les zones touristiques et sèches sont épargnées.

Wayan Gendo Suarna : « Les problèmes ne se trouvent pas dans le Sud de Bali. Là-bas, les consommateurs n’ont pas de source d’eau, mais ils la reçoivent quand même en priorité. Les problèmes, c’est au Nord de l’île qu’on les trouve, car leurs sources sont pillées au profit du Sud et ça crée des conflits ! »

L’éclatante santé de l’industrie touristique n’a pas été suivie par la construction des infrastructures nécessaires pour accueillir autant de monde sur un petit territoire, aux ressources limitées. Gestion des déchets chaotique, embouteillages monstres, pénuries d’eau et d’électricité… Les problèmes se multiplient. A tel point que les professionnels du tourisme ont demandé la mise en place d’un moratoire sur les nouvelles constructions de chambres sur l’île. Mais son application n’est pas encore de rigueur. Sur la plage de Geger, au Sud de l’île, un nouvel hôtel de luxe, un de plus, est en cours de construction. Une famille balinaise est venue aujourd’hui, comme tous les six mois, se recueillir sur cette plage, où reposent les esprits des ancêtres. Mais ils ne s’inquiètent pas de cette nouvelle construction qui leur barrera l’accès à leur lieu de culte.

Père de famille : « Nous, on a déjà la permission de venir deux fois par an faire notre cérémonie ici, donc ça va, on est contents. Si l’hôtel fait des bénéfices, ce sont les Balinais qui en profitent, qui ont de bons boulots »

Le succès de son industrie touristique a fait de Bali l’une des provinces les plus prospères du pays. Il s’agit maintenant de trouver un équilibre entre course au profit et durabilité.

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