Un reportage d'Amélie Baron, à Port-au-Prince, en Haïti

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Palais National, Haïti
Palais National, Haïti © AIDG

En 35 secondes, le 12 janvier 2010, la vie a basculé en Haïti. Plus de 200 000 personnes sont mortes dans le terrible tremblement de terre.

La catastrophe a également causé des dégâts matériels considérables ; de nombreux édifices publics se sont écroulés.

Le plus symbolique d'entre eux, le Palais national, siège du pouvoir présidentiel, a été réduit à un tas de ruines en quelques secondes.

Près de trois ans ont passé et les autorités ont décidé de lancer le chantier de la destruction complète du monument.

Le Palais national qui trônait fièrement au bord de la place du Champ de Mars, à Port-au-Prince, n'existe plus. Des pelleteuses sont en action pour effacer ce symbole de la nation. Devant les nuages de poussière blanche, l'architecte de l'Institut national du patrimoine, Frédérick Mangonès, explique qu'il ne pouvait en être autrement.

Frédérick Mangonès : « Ce qui restait du Palais était trop endommagé. Cela aurait coûté beaucoup plus d’essayer de consolider. La décision a été prise de le démolir et de le reconstruire à l’identique. Sauf que cette fois-ci, nous allons le faire de telle manière qu’il ne vous retombera pas sur la tête. Il va être refait en para sismique, mais dans son aspect intérieur, il devra être aménagé pour servir une présidence moderne. L’idée de la démolition est de préserver des morceaux assez importants pour qu’ils puissent être utilisés dans des musées, etc. Parce qu’il faut quand même des témoins de ce qu'était le Palais » Des souvenirs pour l'Histoire. Il y a la grande histoire mais aussi toutes les anecdotes, ces preuves de l'histoire d'amour que les Haïtiens entretenaient avec le monument. Julio Batistin qui travaille comme jardinier au Palais depuis 1995, se souvient des visites du parc à Noël.

Julio Batistin : « Quand ma femme faisait le tour du Palais avec moi, mes enfants sentaient qu'ils vivaient. Moi aussi, je me sentais vivre. Le 24 décembre au Palais, avec toutes les plus grandes lumières, on vivait oui. On n'avait pas d'argent, mais on vivait. Rien ne peut dépasser ça. On pouvait revenir chez nous et ne pas manger parce qu’au moins on avait pu vivre ça, dans un Palais. Mais maintenant, hélas, hélas, on ne peut plus. » Les autorités ont lancé le chantier de démolition, deux ans et demi après le séisme, quand l'acteur américain Sean Penn a proposé que son organisation humanitaire JP/HRO prenne en charge gratuitement ces travaux. Un choix qui suscite beaucoup de polémique comme en témoigne Pierre Luxama. Pierre Luxama : « Je pensais qu'on allait laisser ça comme site touristique et construire quelque chose. A un kilomètre, deux kilomètres de distance il y a plein d’endroits que l’on peut faire en palais. C’est encore plus dur de voir que c’est une ONG internationale qui est en train de démolir notre palais. On a une compagnie haïtienne qui peut le faire ! Là je sens que mon intégrité haïtienne est en train d’être touchée. Ca me dérange, mais qu’est-ce qu’on peut faire ! Nous les Haïtiens on est en train de perdre notre dignité au jour le jour. » 95% des personnes employées pour le chantier sont des Haïtiens et l'institut national de sauvegarde du patrimoine chapeaute les opérations. Mais l'aigreur mêlée à la tristesse de voir le Palais disparaitre demeure. Beaucoup d'Haïtiens s'interrogent aussi sur la future construction : qui va payer ? L'ONG JP/HRO ne s'occupe que de la démolition et ne communique par ailleurs pas sur le coût réel de l'opération.

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