Un reportage de Coralie Garandeau, à Los Angeles, en Californie

Alana Evans, « performer » :

A partir de maintenant, je m’engage à ne plus travailler qu’avec des préservatifs, par sécurité. Mais je sais que ça ne va pas me rendre très populaire auprès des producteurs de mon métier.

L’actrice de films X Alana Evans fait donc partie de ces "performers", comme on les appelle aux Etats-Unis, qui plaident en faveur du port du préservatif sur les tournages de films pornos. Une pratique très régulièrement débattue à Los Angeles, la ville du X, où des acteurs sont régulièrement testés positifs au VIH.

Un quatrième cas en deux mois a récemment provoqué un arrêt de tous les tournages.

Cameron Bay ne travaillait que depuis quelques mois quand elle a appris son infection au VIH. L'actrice ne sait pas si elle a été infectée sur un tournage de film porno, mais elle confie son désarroi lors d'une conférence de presse :

Apprendre que je suis positive au VIH par un coup de fil de mon agent, c'était un coup dur. Il m'a appelée en me disant qu'un journaliste voulait avoir la confirmation de mon résultat de test.

Une annonce qui a mis l'industrie du film porno en pause, le temps que l'actrice et tous ses partenaires soient identifiés et testés à leur tour.

Pour le directeur de la Fondation de lutte contre le SIDA, rien de tout cela n'arriverait si la réglementation sur les préservatifs n'était respectée :

Il faut qu'on arrête de prendre des avis médicaux de la part de pornographes. On a un système médical qui est censé nous protéger contre la maladie.

Le port des préservatifs sur les tournages est la condition pour qu'une production obtienne un permis. 57% des électeurs du comté de Los Angeles se sont prononcés en faveur de cette mesure en novembre 2012.

Mais l'industrie résiste au latex sur les tournages et défend son système de dépistage au VIH et aux principales MST, pratiqué désormais tous les 15 jours.

Les producteurs invoquent un principe de réalisme économique.

Mark Kernes journaliste spécialisé :

Cela fait vraiment baisser les ventes. La Fondation contre le SIDA n'a aucune idée de ce qui se passe dans cette industrie. Ils affirment que les gens achèteraient des films tournés avec préservatifs, mais c'est faux. Je connais une société qui a fait faillite en essayant de tout filmer avec préservatif après une épidémie en 2004. Video Team a décidé de passer au tout préservatif et leurs ventes ont baissé de façon si significative qu'ils ont mis la clef sous la porte.

Pourtant, certaines productions jouent la carte de la sécurité, à l'instar de Wicked Pictures. L'actrice Alana Evans a plus de 1.000 scènes à son actif. Elle a décidé de ne plus jouer qu'avec des préservatifs à partir de maintenant. Pour elle, les acteurs subissent une pression :

Au début, les préservatifs étaient acceptés. En 1998, beaucoup de boites de production prenaient ce risque parce qu'ils privilégiaient notre sécurité avant tout. L'industrie est devenue plus compétitive, nos scènes plus dures, et on attend de nous qu’on travaille sans préservatif. En tant qu'acteur, quand on demande cette barrière de latex pendant un tournage, on est souvent remplacé ou plus jamais embauché.__

D'autres productions invoquent leur droit à la liberté d'expression et ont commencé à filmer clandestinement, en dehors de Los Angeles. Les acteurs échappent encore plus à toute réglementation dans ce cas. Et sont susceptibles d'être davantage exposés à des pratiques à risques.

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