Un reportage de François Cardona, à Rio de Janeiro, au Brésil

Carlos Vainer, professeur à l’université de Rio, urbaniste, a coordonné le projet alternatif : « C’est un projet qui détruit le mode de vie qui s’est établi dans cette communauté depuis 30 ans. C’est comme le village d’Astérix et Obélix. C’est un petit village qui résiste aux barbares »

Rue de la Vila Autodromo
Rue de la Vila Autodromo © CatComm

Ce petit village dont parle l’urbaniste Carlos Vainer, c’est une favela de Rio de Janeiro, qui résiste à sa destruction annoncée. Les habitants de Vila Autodromo vivent sous la menace d'une expulsion en vue des JO de 2016, car cette petite communauté est située tout près du parc olympique que la mairie va construire pour les jeux et une nouvelle voie rapide doit la traverser.

Tout doit donc être démoli et les habitants déplacés sur un terrain proche, où la mairie a prévu de construire des logements sociaux.

Mais la résistance s’est organisée et les habitants proposent aujourd’hui à la mairie un plan alternatif, moins cher, et qui leur permettra de rester chez eux.

Penha : « Voilà ma maison, entrez, entrez, mais ne faites pas attention au bazar »

Penha habite depuis plus de 21 ans dans cette petite favela. La cinquantaine, cette femme de ménage, toute menue, déborde d’énergie. Sa maison, avec sa grande cuisine, elle l’a construite de ses mains, avec son mari.

Penha : « Voilà notre salon. Nous avons trois chambres. Sauf qu’on arrive jamais à terminer les travaux, car tous les ans, on nous dit que tout va être détruit. Alors ça reste comme ça, inachevé »

Penha sort de chez elle et ne ferme pas la porte à clef. Dans cette petite communauté, bordée de cocotiers, tout le monde se connaît. Contrairement aux autres favelas de Rio, il n’y a pas de trafic de drogue, ni de bande armée. Mais il y a un long mur en brique, haut de plus de trois mètres, qui sépare la favela du futur village olympique.

Altaïr, le président de l’association des habitants, est un homme en colère, mais déterminé aussi. Cette après-midi, en dépit des menaces d’expulsion, il construit une nouvelle petite maison.

Altaïr : « Dans le film, Robins des bois vole aux riches pour donner aux pauvres. Ici, c’est le contraire. Ici, nos hommes politiques volent aux pauvres pour donner aux riches. Alors bien sûr que je suis en colère. Parce qu’on dit de Rio que c’est la ville merveilleuse. Mais elle est merveilleuse pour qui ? Pour toute la société, ou juste une toute petite partie de notre société ? »

Il y a un an, les habitants sont entrés en résistance. Aidée par des architectes et des urbanistes, la petite favela vient de remettre au maire de Rio un plan de rénovation alternatif. Respect des normes environnementales le long de la lagune, rénovation des maisons insalubres, égouts, routes… Tout a été prévu, même les crèches et les écoles. Et pour Carlos Vainer, professeur à l’université de Rio, ce plan coûte 40% moins cher que la solution de la mairie.

Carlos Vainer : « La victoire de la Vila Autodromo deviendra un espoir pour toutes les communautés qu’il y a à Rio et au Brésil dans la lutte contre la ségrégation sociale »

Eduardo Paes, le maire de Rio, en pleine campagne électorale pour les municipales d’octobre, a promis d’étudier le plan alternatif. De l’autre coté du mur, les travaux ont commencé. Le village olympique doit être prêt pour 2016. Ensuite, tout sera transformé en résidences privées de luxe. La petite communauté de Vila Autodromo va détoner dans ce paysage ultra moderne. Pourtant Penha ne veut pas renoncer à son rêve.

Penha : « Mon mari est professeur d’éducation physique, donc on voudrait ouvrir une salle de sport ici. On n’a pas beaucoup de sous, alors on construit petit à petit. C’est mon rêve, c’est notre rêve de pouvoir installer ici cette salle de gym ! »

Vila Autodromo n’est pas la seule favela à être menacée d’expulsion. A Rio, plus de 20.000 personnes vont être déplacées en vue de la coupe du Monde de football de 2014 et les JO de 2016.

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