Reportage de Carrie Nooten, correspondante à Singapour

supermarché - riz de Fukushima
supermarché - riz de Fukushima © Radio France / Carrie Nooten

Nous sommes dans un supermarché japonais de Singapour – l’équivalent pour les Japonais vivant là bas de ce que Carrefour peut être pour les Français, qui a monté à l’entrée du magasin un petit stand particulier : on y vend du riz qui a poussé à Fukushima – à 60 kms de la centrale nucléaire qui a explosé. Et on attire les clients« à la japonaise » – même si pour l’œil occidental, il s’agit clairement d’une opération de propagande.

Pour la première fois depuis la catastrophe de Fukushima il y a trois ans et demi ce riz produit dans la région a pu être vendu hors du Japon. Et c'est Singapour qui a passé les premières commandes. Ainsi, quelque 300 kgs de riz supposés « propres à la consommation », testés par les autorités sanitaires des deux pays, se sont retrouvés dans les rayons.

Accueil en fanfare au supermarché MeidiYa de Singapour : la fédération agricole japonaise a sorti le grand jeu pour promouvoir le riz produit à Fukushima après l’accident de la centrale nucléaire, elle a envoyé deux de ses membres au contact des clients. Akihiko Kikuchi, le responsable des exportations de la fédération, les alpague, explique comment le riz a été testé au Japon et à Singapour, et minimise les risques de contamination.

Akihiko Kikuchi

Nos standards de mesure de la radioactivité sont très stricts comparé au standard international. On exige un niveau de césium radioactif de 10 à 100 fois inférieur aux standards minimum de l’Europe ou des Etats-Unis. Tous les produits japonais exportés doivent être conformes à ces niveaux, donc c’est très sûr.

80% des clients qui emportent le riz de Fukushima sont Japonais. Ils sont pleinement sensibilisés à la vaste promotion orchestrée par leur gouvernement, en ont entendu parler à la télé et viennent acheter par solidarité. Les autres sont Singapouriens, comme Yang Xiang Long, qui après avoir goûté l’échantillon cuit sur place, emmène dans son caddie un paquet de 5 kilos. La garantie de son gouvernement, réputé très à cheval sur la sécurité alimentaire, lui suffit.

Riz de Fukushima
Riz de Fukushima © Radio France / Carrie Nooten

Yang Xiang Long

Ce riz est bien tendre et fragrant, il est bien ! Et puis s’il a pu entrer à Singapour, c’est qu’il n’y a pas de risque. Tout le monde peut en manger sans crainte.

Sur le tapis de la caisse, du tofu, du potiron, mais pas de riz pour le Hollandais Bram Tolkam et sa femme japonaise Fiyuka.

Bram Tolkam

Je vais me passer d’acheter ce riz. Il y a encore des reportages qui montrent que la région n’est toujours pas propre, et que le gouvernement n’est pas clair sur ce qui se passe… Mieux vaut prévenir que guérir !

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__ Fiyuka

C’est bien qu’ils exportent à nouveau. Est ce que je vais en acheter ? Pour l’instant je ne pense pas car je n’en donnerai pas à mon fils qui n’a que deux ans, il faut faire attention. Et puis on a tant de choix ! On a 50 variétés différentes de riz, alors…

Les 300 kgs se seront tout de même vendus en un week end, le succès est tel que le supermarché envisage une nouvelle opération de promotion des produits de Fukushima, (et l’étendra cette fois aux pommes et pêches récoltées là bas). Mais aucun des autres magasins singapouriens ne prévoient pour l’instant de mettre ce riz en rayon.

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