Moi je trouve cela très bien que la police empêche les voleurs de venir ici à la plage. Quand on voit un groupe de jeunes et qu’on comprend vite qu’ils sont de la favela, on a vraiment peur qu’ils nous volent. Vraiment je pense que la police a raison d’éviter qu’ils arrivent ici

Nous sommes sur la célèbre plage de Copacabana à Rio de Janeiro et c’est Victoria, à l’ombre sous son parasol, qui nous disait son aversion à partager son coin de paradis avec les jeunes des favelas. Du même avis que Victoria, le Gouverneur de l’Etat de Rio et son ministre de l’Intérieur appuient des opérations policières, le week-end, qui consistent à empêcher les jeunes de la périphérie d’aller à la plage sous le prétexte qu’ils pourraient voler les honnêtes citoyens. La Justice condamne fermement ces opérations qu’elle considère comme illégales et surtout discriminatoires car les jeunes qui sont privés de plage sont tous noirs et pauvres. (Reportage à Rio de Anne Vigna)

« J’étais dans un bus en direction de la plage dimanche dernier. Un policier est entré et a fait descendre des jeunes et selon moi, parce qu’ils étaient noir, de fait c’étaient les seuls noirs du bus. J’ai eu peur, j’ai cru qu’on était en pleine dictature militaire. Moi je ne pouvais pas le croire mais pour tout le monde, cela semblait normal. Ça m’a semblé extrêmement raciste qu’ils aient ce pouvoir de te faire sortir de l’autobus parce que tu es noir. »

Une semaine après les faits, Lucia, une jeune uruguayenne en vacances à Rio, n’en revient toujours pas de la scène surréaliste qu’elle a vécue. Pourtant ces opérations ne sont pas vraiment nouvelles. Durant la Coupe du monde l’an dernier, la police nettoyait les rues au petit matin, en emmenant tous les gens qui dormaient dans la rue dans des refuges loin de la ville de Rio. La Justice avait également protesté mais ces opérations ont duré pendant toute la Coupe du Monde. Aujourd’hui, en arrêtant les jeunes noirs, l’action de la police est tout autant illégale, nous explique le Défenseur des droits des adolescents à Rio de Janeiro.

« Dans une ville comme Rio de Janeiro, il n’y a rien de plus naturel et commun que d’aller à la plage. Ces jeunes ne faisaient aucun crime, ils étaient dans un bus en direction de la plage et ils ont été obligés de descendre du bus, à monter dans celui de la police et ont été emmenés au commissariat puis au refuge pour adolescents. Sur la base du seul critère de la discrimination. Selon nos lois comme selon notre Constitution, c’est totalement illégal. »

La police a refusé toute interview et dans un communiqué, elle indique qu’il s’agit d’actions de prévention du crime. Même si ces opérations sont illégales selon la Justice, les autorités de Rio souhaitent les poursuivre.

Le bras de fer entre police et justice ne fait que commencer.

Brésil,  Rio de Janeiro, la baie de Guanabara
Brésil, Rio de Janeiro, la baie de Guanabara © Christopher Pillitz/In Pictures/Corbis
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.