Un reportage de Gabriel Kahn à Kampala, en Ouganda

Un représentant de l'ONG Refugee Law project : « Quand il y a un changement de régime, le groupe ethnique qui a pris le pouvoir s’approprie les terres des vaincus. Et aujourd’hui, les Hutus que vous voyez ici, ils n’ont plus de terre au Rwanda »

C’est le constat amer d’un représentant de l’ONGRefugee Law Project que vous venez d’entendre. Il déplore la situation compliquée des 16.000 réfugiés rwandais en Ouganda, dépossédés de leurs terres dans leur pays d’origine, et pourtant bientôtcontraints d’y revenir à la demande du gouvernement rwandais.

Les quelques 114.000 hommes et femmes qui avaient fui leur pays dans la foulée de la prise de pouvoir du Front Patriotique Rwandais en 1994, se verront ôtés, au 30 juin, leur statut de réfugiés.

En Ouganda, les réfugiés rwandais vivent dans la peur. La majorité d’entre eux - ceux qui ont fui le Rwanda dans les années 90 - redoutent d’être rapatriés de force dans leur pays d’origine. Quant à ceux qui ont demandé refuge plus récemment, comme le journaliste Alphonse Nsahimana, ils craignent d’être abandonnés aux mains de leurs bourreaux.

Alphonse Nsahimana : « Je pense que si je ne trouve pas un autre moyen de protection, il y a deux possibilités. Ou bien je vais être arrêté, et récupéré par le Rwanda, ou bien je vais être tué »

A l’origine de cette psychose, le meurtre, à Kampala, en novembre dernier, du journaliste Rwandais Charles Ingabiré, et surtout la décision prise par le Haut Commissariat aux Réfugiés, à la demande du Rwanda, de retirer à ces réfugiés leur statut.

Kai Nielsen est le représentant du Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies en Ouganda.

Kai Nielsen : « Personne ne va être forcé à rentrer, mais il faut quand même considérer que pour ces gens qui ont quitté le Rwanda il y a 20 ans, il n’existe plus de raisons pour eux de ne pas rentrer»

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A Kampala, l’ONG Refugee Law Project, après être allée visiter plusieurs camps de réfugiés rwandais, s’insurge contre la volonté du HCR de faire retourner ces réfugiés dans leur pays.

L’ONG Refugee Law Project : «L’application de la clause de cessation implique que la situation qui a entrainé la fuite des réfugiés a fondamentalement changé. Et que dès lors, la peur de nouvelles persécutions n’existe plus. Mais quand vous voyez ce qu’il se passe aujourd’hui au Rwanda, ce n’est pas le tableau d’un pays où les circonstances auraient à tel point changé qu’elles permettraient aux réfugiés de rentrer chez eux à l’abri de nouvelles persécutions. Selon moi, si le gouvernement ougandais et le HCR décident d’appliquer cette clause de cessation, ils le feront en violation de la loi. »

Pour éviter d’être rapatriés de force, beaucoup de réfugiés rwandais en Ouganda ont déjà fui les camps. Certains tentent de se dissimuler au sein de la population ougandaise.

D’autres prétendent être originaires d’un autre pays, comme par exemple de la République Démocratique du Congo, car les réfugiés congolais vont conserver, eux, leur statut.

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