Un reportage de Christine Dupré, à Prague, en République tchèque

Même sans parler le tchèque, on ne peut se tromper : c'est bien "démission" que des milliers de manifestants ont scandé le mois dernier dans les rues de Prague à l'encontre du Premier Ministre conservateur Petr Necas, dont la cote de confiance était en-dessous de 20% le mois dernier.

Car 23 ans après la chute du communisme, les placides Tchèques qui vivent dans le pays le plus riche d'Europe centrale s'indignent désormais eux aussi face à l'austérité et aux dérives du capitalisme libéral.

En cet hiver 2012 à Prague, on allume des bougies pour rendre hommage aux étudiants victimes de la répression de la police sous régime communiste lors de la révolution de velours de 1989. Mais l’heure est surtout à la colère vis-à-vis de l’actuel gouvernement de droite de Petr Necas et ses mesures impopulaires (hausse d’impôts, création d’un pilier privé pour les retraites et restitution des biens des églises). Et puis il y a la corruption omniprésente. Zdénèk est un jeune agriculteur écœuré.

Zdénèk : « Notre pays et notre terre sont brutalisés, violés tous les jours par les marchands. Il n'y a rien ici qui ressemble à un Etat. Il n'y a rien de tchèque, rien pour les Tchèques. La communauté nationale a éclaté après la révolution. C'est à cause de cela qu'aujourd'hui, tout appartient aux plus puissants. C'est le chacun pour soi. »

Le 17 novembre dernier, de jeunes militants alternatifs ont encadré la manifestation qui a réuni 20.000 personnes à Prague. Stepanka vient de Liberec, une ville du nord. Les vieux politiciens, dit-elle, ne comprennent pas que leur pays va dans le mur.

Stepanka : « Je suis venue manifester contre ce gouvernement qui impose au pas de charge des réformes stupides. Il prend des mesures qui détruisent carrément les services publics. Il vend un patrimoine qui appartient à chacun de nous. Franchement, j'ai peur que si on continue comme ça, on finisse par ressembler à la Biélorussie. »

Les plus âgés en veulent surtout au gouvernement d’avoir libéré les loyers encadrés jusqu’en 2011. Aujourd’hui, Frantisek, retraité à la mise soignée, vient frapper à la porte des organisations qui viennent en aide aux sans-logis. Il ne peut plus rester chez lui.

Frantisek : « J'ai passé l'essentiel de ma vie sous l'ancien régime, sous le communisme. Depuis, les prix ont été multipliés par dix. Et les salaires de ceux qui travaillent aujourd'hui ont aussi été multipliés par dix. En revanche le montant des loyers plus le gaz et l'électricité a été multiplié par mille ! Pour un retraité comme moi, ça ne peut pas aller, n'est-ce pas, ça ne va pas ! »

Nul ne sait si le fragile gouvernement Necas tiendra jusqu’aux législatives de 2014. Mais le modèle tchèque, basé sur le compromis, et la patience du peuple, ont bel et bien volé en éclats.

D’ailleurs l’opposition de gauche réclame des élections législatives anticipées au printemps prochain.

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