Un reportage signé Sébastien Farcis, à New Delhi, en Inde

Twinkle: « Dans les villes, les hommes ne peuvent pas supporter que les femmes deviennent leurs égales et travaillent. Dans les campagnes, les femmes n’ont carrément pas le droit de vivre une vie normale. Et si elles élèvent la voix, elles deviennent des criminelles »

des festivités du nouvel an annulées en inde après le décès de l'étudiante violée
des festivités du nouvel an annulées en inde après le décès de l'étudiante violée © reuters

Cette voix de révolte est celle de Twinkle, une jeune étudiante de New Delhi. Comme des dizaines de milliers de femmes de son âge, elle a pris la rue d’assaut, au lendemain de l’horrible viol collectif du 16 décembre, pour demander des punitions sévères contre les violeurs, mais aussi et de manière plus générale, pour s’élever contre le modèle traditionnel et patriarcal indien.La naissance de ce qui pourrait bien être une révolution sociale.

Twinkle : « Il y a deux hommes derrière vous qui se moquent déjà de moi … Si j’étais toute seule, je ne sais pas ce qu’il se passerait… »

Il est 19h, et la nuit est tombée depuis longtemps sur New Delhi. Twinkle, une jolie étudiante de 21 ans, est compressée dans un bus rempli d’hommes.

Twinkle : « Il est arrivé très souvent que des hommes me touchent les mains ou se frottent les parties intimes contre moi quand je suis assise dans le bus. Avant, je ne disais rien. Maintenant, j’ai réalisé qu’ils sont habitués à faire cela. Ils y prennent du plaisir. Ils pensent que les femmes sont des jouets, avec lesquels on peut s’amuser quand on voyage. C’est humiliant. (C’est notre arrêt)»

L’horrible viol du 16 décembre a libéré la rage de la jeunesse urbaine contre la société traditionnelle et patriarcale indienne qui impose aux femmes de devenir la propriété des hommes, et souvent, de subir le viol en silence.

Nilanju Dutta travaille pour l’association Jatori, pour l’aide et la défense des femmes.

Nilanju Dutta : « En Inde, la plupart des femmes qui sont violées essaient de se suicider, car la société leur fait comprendre que ce qui est arrivé est de leur faute. Et donc, pour éviter cette honte, sa famille va la dissuader de porter plainte. Surtout que 97% des viols sont commis par un membre de la famille, ou une personne connue de la survivante. Au bout du compte, j’estime que seulement 2 femmes violées sur 10 vont révéler leur histoire. Et les 8 autres vont garder cela sous silence. »

La police de New Delhi a initié des réformes pour sensibiliser ses agents à ce problème, et les dirigeants politiques ont promis d’examiner la possibilité de créer de nouveaux délits pour défendre les femmes. Mais les mentalités, elles, mettront du temps à changer, surtout dans les campagnes, où vivent les 2/3 des Indiens, et où les femmes sont encore considérées comme des citoyens de seconde zone.

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