Un reportage de Quentin Dickinson.

Dans trois mois, il y aura deux cents ans que se livrait la bataille de Waterloo, qui vit la fin de l'épopée napoléonienne et le début d'une autre Europe. Pour marquer cet anniversaire, les autorités belges sont en train de transformer le site, ce qui fait les affaires des uns, mais ne plaît cependant pas à tout le monde.

Le hameau qui jouxte depuis toujours le site de la bataille de Waterloo avait quelque chose de gentiment désuet: on y vivait, mais pas largement, de la manne touristique ; une demi-douzaine de restaurants sans prétention occupaient d'anciens bâtiments de ferme qui avaient vu passer les combattants de 1815; et le propriétaire (effectivement octogénaire) d'un de ces établissements, en tenue d'époque, exploitait sans malice la crédulité collective des cars de Japonais en se faisant passer pour le dernier survivant de la Grande Armée.

Reconstitution de la bataille de Waterloo
Reconstitution de la bataille de Waterloo © Radio France / Quentin Dickinson

Mais ce soir, autour de nous, tout cela n'est plus que souvenirs, tout comme le tram vicinal qui venait ici en brinquebalant de Bruxelles, supprimé en 1964. Bientôt ne subsisteront que le bâtiment circulaire du kitchissime Panorama , ainsi que la butte artificielle, surmontée de la statue d'un lion, les crocs tournés vers la France, bien postérieurs à la bataille elle-même.

Tout à côté, une modeste auberge résiste aux pioches des démolisseurs, mais pour peu de temps encore : on y danse tous les dimanches soirs. Un habitué la regrette déjà...

C'est que, dans moins de six mois, l'on doit commémorer ici le bicentenaire de la bataille qui scella le destin de Bonaparte - et les pouvoirs publics belges ont vu grand: l'immense centre des visiteurs sera en partie souterrain, afin de ne pas nuire à la vue sur le site, très étendu. Devant la porte du Wellington , les avis sont partagés.

Ne pas transformer en un clinquant parc à thème des champs qui ont vu tomber 64.000 hommes, c'est le souci de plus d'un riverain.

C'est que, du 18 au 22 juin, l'endroit sera pris d'assaut: on parle de 120 à 150.000 visiteurs pour les reconstitutions, qui mobiliseront 6.000 figurants, 300 chevaux, et une centaine de canons d'époque.

Le patron de la pizzeria (l'un des deux seuls restaurants toujours debout), se frotte les mains: il y aura bien quelques désagréments pour les riverains, mais ce sera bon pour tout le monde - et surtout pour le commerce.

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