Un reportage de Sébastien Farcis, dans le bidonvilel de Dharavi, à Bombay, en Inde

Mukesh Mehta :« On les laisse vivre dans ce bidonville comme des parasites, sans leur donner d’accès régulier aux services de base comme l’électricité, l’eau ou les égouts. Cela leur enlève de leur dignité, et peut très bien conduire à une révolution »

Dharavi, bidonville à Bombay, en Inde
Dharavi, bidonville à Bombay, en Inde © lecercle

Ces propos alarmants sont ceux de Mukesh Mehta, un architecte qui se bat pour lancer un projet de rénovation de tout le bidonville de Dharavi. Ce vaste quartier situé en plein centre de Bombay, en Inde, a été immortalisé par le film de Danny Boyle, « Slumbdog Millionnaire ».

C’est l’un des plus grands bidonvilles d’Asie, avec plus de 700.000 habitants. Beaucoup vivent du recyclage du plastique et de l’aluminium, mais pour combien de temps ? La question se pose à l’heure où le bidonville, au cœur d’enjeux économiques et politiques, pourrait être remplacé par un grand quartier résidentiel.

Les porteurs de plastique avancent avec d’énormes caisses remplies de déchets sur la tête. Ils lâchent tout sur la balance, et repartent pour un nouveau tour. Tout ce plastique est trié dans une petite salle, comme l’explique Anil.

Anil : « Cela par exemple c’était une horloge, ou ceci, une partie de machine à laver… Ce plastique est trié par qualité et couleur, puis il est broyé en petits morceaux, lavé au détergent, et séché. Enfin, on le fond pour en faire des palettes... Et avec ces palettes on peut faire des manches de parapluie, des parties de voiture, des chaises en plastique, des jouets... tout ce que vous voulez »

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Le bidonville de Dharavi est une énorme usine informelle. Le recyclage du plastique ou de l’aluminium côtoie une production textile en partance pour l’étranger. Le tout générerait un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros par an.

Mais le quartier des Slumdogs millionnaire se trouve aujourd’hui au cœur de la capitale économique de l’Inde et le gouvernement aimerait le rénover, et mettre à profit un terrain qui vaut de l’or. Mukesh Mehta est l’architecte en chef du projet.

Mukesh Mehta : « Nous prévoyons de raser toutes les petites habitations et de reloger tout le monde dans de petits immeubles, espacés de 12 mètres les uns des autres. Chaque appartement fera 28 m² , ce qui est plus grand que l’espace dans lequel vivent aujourd’hui 96% des habitants de Dharavi. Et au pied de chaque bâtiment, un espace sera dédié au commerce, donc chacun pourra continuer son activité »

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Reloger tout le monde à la verticale permettrait de libérer de l’espace au sol, et de vendre une partie du précieux terrain de Dharavi, finançant ainsi toute l’opération.

Ce gigantesque relogement serait donc gratuit pour les propriétaires du quartier, mais il exclurait tous ceux qui sont venus travailler dans une des 15 000 micro-entreprises du bidonville, et qui louent des micros espaces pour dormir. Si ce projet est appliqué dans les mois à venir, ce seront donc des centaines de milliers de personnes qui se retrouveront sans logement à Bombay.

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