Ce policier qui a tué [mon fils] avait déjà commis trois homicides et deux tentatives d’homicides un an avant de tuer mon fils et une fois de plus la justice a été incompétente. Et il continue libre pour commettre de nouveaux crimes

Nous sommes à Rio de Janeiro, dans la favela de Manguinhos , et vous venez d’entendre Ana Paula, la mère de Jonathan, un jeune de 19 ans qui a été tué par la police militaire dans la favela de Manguinhos. En quelques phrases cette mère de famille a résumé la situation que vivent des milliers de familles dans les favelas : la police brésilienne a tué l’an dernier 8 personnes par jour et dans plus de 80% des cas, les victimes étaient des jeunes hommes noirs des favelas. A chaque fois, les policiers évoquent la légitime défense et seuls 3% d’entre eux sont punis. Et comme le fils de Ana Paulo, tué désarmé, d’une balle dans le dos, 5 jeunes sont morts dans leur voiture tués par 111 balles il y a quelques semaines. La population noire est descendue dans la rue pour dire "arrêtez le massacre". Un reportage d’Anne Vigna.

C’est derrière un drapeau brésilien troué de balles que les familles des morts par la police ont marché pour dire leur colère aux autorités. La police s’est fait discrète car la colère est palpable dans cette population noire, touchée par la guerre contre les drogues et les balles de la police.

Pour Theresa Jessouroun, qui a enquêté pendant 5 ans pour réaliser « À bout portant » ("À Queima Roup ") un documentaire sur les morts par la police, le principal problème reste l’indifférence de la société blanche devant cette tragédie.

Ceux qui sont mobilisés contre la violence, sont ceux qui sont touchés par cette violence ; les pauvres, les gens des favelas, les noirs parce que ce sont eux qui vivent dans les zones de conflit avec la police. La stratégie de la police est de venir dans les favelas pour tuer parce qu’un « bandit bon est un bandit mort » et la société applaudit à cela comme elle a toujours applaudit. La société ne veut pas se mobiliser contre cette violence que vivent les gens des favelas, les pauvres, qui sont aussi les noirs.

Et si vous demandez à un jeune noir de la favela, comme Philippe de 25 ans, ce qu’il pense de la police, il répondra immanquablement que c’est un vrai danger pour les jeunes de la favela :

La fonction de la police est de protéger la population. Mais dans la favela, c’est qu’elle n’apporte aucun droit ni aucune protection aux gens des favelas. Elle vient comme on peut le voir tout le temps pour tuer des jeunes

Le racisme et l’inégalité sociale sont les fléaux de cette hécatombe et reste ancrés dans la société brésilienne. Une société qui perd chaque année des milliers de jeunes dont on ne se souvient des noms que dans les favelas.

Capture d'écran du documentaire "À Queima Roup" ("A bout portant") de Theresa Jessouroun, sur les violences policières au Brésil
Capture d'écran du documentaire "À Queima Roup" ("A bout portant") de Theresa Jessouroun, sur les violences policières au Brésil © Radio France
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