Un reportage de Sophie Guesné, à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine

Mia : « Je suis Mia Omeragic. Mon père est un musulman bosniaque ; ma mère est un mélange serbe et croate et donc moi, je suis le produit de la Yougoslavie »

Mariage, union
Mariage, union © hellolapomme

En Bosnie, Mia est née de ce qu’on appelle un « mariage mixte », l’union de deux personnes de nationalités différentes, Bosniaque, Croate, ou Serbe. Nombreux à l’époque de la Yougoslavie, ils sont aujourd’hui l’exception, notamment chez les jeunes qui ont grandi après la guerre. Nous avons rencontré l'une de ces familles mixtes.

A 51 ans, Aleksandra a grandi durant la Yougoslavie. Née de mère croate et de père serbe, elle s’est mariée à un Bosniaque à une époque où on ne faisait pas attention à qui était quoi.

Aleksandra: « La Bosnie c’était un mélange incroyable. Moi, j’ai grandi dans cette ville. Dans ma classe, si je me rappelle bien, il y avait un peu de tout, on était tous mélangés, les Musulmans, les Croates, les Serbes… Et jamais, jamais, je ne m’étais posée la question ‘comment je vais faire si je me marie avec un Musulman ?’. Ca ne m’était même jamais venu à l’esprit ! »

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Conséquence évidente de la guerre qui a déchiré Bosniaques, Croates et Serbes entre 1992 et 1995, il est aujourd’hui difficile de ne pas y penser. Peur de l’autre, écoles séparées, division ethnique et géographique du pays : les chances de se rencontrer sont plus faibles et se marier à quelqu’un d’une autre nationalité ou religion implique de nombreux obstacles.

Ivan, le gendre d’Aleksandra, a dû les affronter lors d’un premier mariage.

Ivan : « Pour un couple mixte, l’entourage est le pire des obstacles et ce n’est pas une question d’éducation, mais de savoir s’il y a ou non des mélanges dans la famille. Les parents de mon ex femme ont tout fait pour me convaincre que les Serbes et les Croates n’ont jamais existé en Bosnie, que nous sommes tous Bosniaques à l’origine. Et donc, ils ont cherché à m’influencer et à me faire prendre parti »

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Lorsque les Bosniens s’inscrivent à l’université ou se marient, on leur demande de choisir leur nationalité entre « Bosniaque », « Croate », « Serbe » et « Autres ». « Autres » pour Roms, Albanais, Juifs… ou encore tous ceux qui refusent de se définir en fonction de l’appartenance ethnique. C’est le cas de Mia, la nouvelle épouse d’Ivan. Elle se dit Bosnienne, citoyenne de Bosnie, mais reconnaît qu’il est difficile de n’être que cela.

Mia :« Si nous nous sentons Bosniens, nous sommes en quelque sorte une minorité face à une grande majorité de non Bosniens qui nous dénigre. Donc au final, nous allons nous incliner vers une majorité, à un moment donné nous sentir Serbe, Croate ou Bosniaque. Moi je me sens Bosnienne… mais je suis Bosnienne - Serbe orthodoxe »

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Selon la constitution du pays, dans laquelle le mot « Bosnien » n’apparaît même pas, les « Autres » ne peuvent pas, par exemple, devenir président. Cette constitution a été jugée discriminatoire par la Cour européenne des droits de l’Homme, mais les tentatives pour la réformer ont jusque là échoué.

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