En Italie, la loi sur les biens confisqués à la mafia a vingt ans cette année (1996-2016). Une loi fondamentale dans la lutte contre le pouvoir mafieux dans la Péninsule. Les biens des mafieux – villas, terrains agricoles, entreprises – sont réutilisés pour servir à toute la communauté. Des véhicules transformés en camions de pompiers, des entrepôts devenus des écoles, ou encore près de Naples, la villa d’un boss mafieux transformée en musée. L’État italien est ainsi aujourd’hui à la tête de 3 000 entreprises et 11 000 biens immobiliers, mais leur gestion coûte très cher. Le système est en quelque sorte victime de son succès.

Le reportage de notre correspondante en Italie Mathilde Imberty.

Sol et escaliers en marbre, colonnes faussement antiques, nous sommes dans la Villa d’un boss de la Camorra. A Casal di Principe, banlieue de Naples, fief du puissant clan des Casalesi. Le boss en question est sous les verrous. Et sa villa a été transformée en musée. Maria Laura Di Biase travaille au Comité chargé de gérer ces biens confisqués.

Les biens confisqués sont le symbole du pouvoir criminel. Ils ont été construits avec de l’argent sale : l’argent du racket, de la drogue, des trafics d’arme. Cette Villa est revenue dans le giron public et est devenue un lieu de culture !

A Casal di Principe, près de 60 biens essentiellement des villas ont été confisqués à la Camorra. Mais les fonds manquent pour leur transformation relève le Maire Renato NATALE et la lenteur bureaucratique est un frein.

Je vous donne un exemple. La villa dite SCARFACE celle qui ressemble à celle du film. Eh bien elle a été confisquée il y a 10 ans. Depuis l’Université de Naples est censée passer les appels d’offre mais on attend toujours!

Une réforme du Code anti-mafia est à l’étude ces jours ci au Parlement italien. Il faudrait par exemple pouvoir revendre plus vite les biens confisqués… estime le Procureur anti-mafia Franco Roberti, pour qui la confiscation reste une arme fondamentale…

Oui… c’est fondamental. Fondamental. Pourquoi ? Parce qu’on a beau arrêter, condamner les individus. Il y a toujours une foule de candidats pour entrer dans la criminalité organisée. Les clans se reconstituent. Par contre il est beaucoup plus difficile de reconstituer le patrimoine économique. On leur fait plus de mal en touchant leurs biens qu’en enlevant de la circulation leurs hommes.

Vingt ans après l’entrée en vigueur de la loi sur les biens confisqués, l’Etat italien est à la tête de 11 000 biens immobiliers, 3 000 entreprises ayant appartenu à la Mafia. Mafia qui a certes modifié sa stratégie, moins de sang, plus de corruption mais qui reste en Italie une réalité bien ancrée.

Villa Diana confisquée à la mafia et transformée en musée
Villa Diana confisquée à la mafia et transformée en musée © Radio France / Mathilde Imberty

L’association LIBERA avait lancé il y a 20 ans une pétition pour obtenir une loi sur les biens confisqués et qui encore aujourd’hui est pour le compte de la société civile à la tête du combat anti-mafia.

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