Un reportage d'Angèle Savino, à Caracas, au Venezuela

Maria Carmen : « Le petit oiseau donne une raclée au chat, et après l’humain lui attrape la patte, et il fait comme ça sur le sol ! Après, ils font tomber un immeuble, ils protègent la demoiselle oiseau, et puis ils s’embrassent sur le bec… »

Cinéma les alizés
Cinéma les alizés © Radio France

Maria Carmen a vu et revu le dessin animé à l’affiche du cinéma Aquiles Nazoa. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, les spectateurs ne venaient ni des dessins animés, ni des classiques du cinéma vénézuélien, ni des documentaires, mais de la pornographie.

Car comme d’autres salles, avec la concurrence du petit écran, l’ancien cinéma Urdaneta, situé dans le centre-ville de la capitale, a dû changer sa programmation et dans les années 1980, et ne projetait que des films X.

Une ambiance qui a bien changé depuis sa nouvelle transformation fin 2011.

« Un paquet de pop corn, s’il vous plaît », demande un homme accompagné de ses petits-enfants. Mercedes Valero, résidente du quartier San Juan, à Caracas, est fière non seulement d’être la vendeuse de sucreries du cinéma Aquiles Nazoa, mais aussi d’avoir baptisé le lieu du nom de ce poète, journaliste et humoriste, qui a longtemps vécu dans les alentours. Mais elle se souvient aussi du Ciné Urdaneta.

Mercedes Valero :« Vers 5 heures de l’après-midi, une cloche sonnait, un peu comme une alerte en cas d’urgence. Riiiiiiiing, et on l’entendait jusqu’en haut, au coin de la rue. Et là, on ne voyait que des hommes, des hommes, des hommes et des hommes ! A 6 heures, la séance commençait et vers 7h30-8h00, riiiiiiing, encore une fois : une foule de gens sortaient du cinéma, un fleuve de voitures remplissait la rue ! Il y avait même des p’tits vieux avec leur canne ! Nous nous demandions : ‘mais comment ces vieux viennent faire ces choses là ?’ Quand il a fermé, les gens venaient nous dire : ‘Vous êtes méchants, comment vous allez nous enlever notre ciné, notre pornographie ?’ Et nous disions : ‘et oh !’…mais il faut changer. »

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C’est l’histoire d’un camion poubelle tombé dans un trou. Les autorités locales évacuent d’urgence la rue, car les tuyauteries de gaz risquaient d’exploser. L’occasion, pour les riverains, de demander la rénovation du cinéma, dont Rafael Aguirre est responsable.

Rafael Aguirre : « Voici les affiches que nous avons trouvés lorsque nous sommes entrés dans ce lieu : ‘Le monde érotique de Chaouna’, ‘Gâteau pour l’amour’, ‘Tourbillon de passion’, ‘Douce et chaude Liza’... »

Angèle Savino : « C’est pour le souvenir ? »

Rafael Aguirre : «Oui, en effet. La fermeture de ce lieu n’est pas du tout une réaction de type morale de notre part au sujet de la pornographie, mais il servait à d’autres activités qui n’étaient pas les plus adéquates. Il y avait de l’insécurité, de la traite de personnes, du micro-trafic de drogue… »

Angèle Savino : « C’est une manière aussi de changer le type de consommation culturelle qui existe au Venezuela ? »

Rafael Aguirre : « Totalement. Si l’on regarde les salles de cinéma, elles sont presque toutes situées dans des centres commerciaux. Elles sont toujours à l’intérieur, au 4ème étage, ce qui fait que tu dois monter les escalators. Donc tout est conçu pour que tu te perdes dans ce labyrinthe commercial, et quand tu arrives à la salle de ciné, si tu y arrives, tu es fauché, tu n’as plus un rond ! »

Sur les murs, on peut voir un pochoir avec le visage d’Aquiles Nazoa, suivi d’un texte : « L’image d’une chose perçue pendant un instant par notre vue, reste en elle pendant une fraction de seconde, après avoir arrêté de la voir ».«La fabrique des songes» décrite par le poète, continuera de faire rêver les voisins de San Juan et d’ailleurs.

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