Un reportage de Pascale Guéricolas, à Québec, au Canada

Lydia :

Je me sens en vie. Je me sens bien. Je sens que ma rage elle sort. Je suis vraiment heureuse, je pense que cela se voit! Juste à en parler, cela me rend heureuse.

Enfants boxe
Enfants boxe © Radio France / Mathieu Laurent

A Montréal, au Québec, Lydia, cette jeune mère de 2 enfants que vous venez d’entendre, s’épanouit en pratiquant la boxe quotidiennement.

Comme elle, une douzaine d’autres jeunes ont mis un terme à leur petite délinquance pour se consacrer un sport de combat.

Chez Ali et les Princes de la rue, un club de boxe par un boxeur qui a connu la prison pour jeunes, ils apprennent la discipline et achèvent leur scolarité souvent interrompue.

À première vue le gymnase Ali et les Princes de la rue ressemble à toutes les salles d’entraînement spécialisées en boxe avec ses ring, ses sacs de sable, ses tapis de sol pour l’échauffement. La différence, ce sont les petites salles de cours en mezzanine. Là, une douzaine de jeunes plongent leur nez dans leurs livres scolaires le matin sous la direction d’un professeur, avant de se défouler en après-midi à l’entraînement.

Longtemps en colère contre la terre entière, Lydia reprend ses études collégiales tant de fois interrompues :

Je ne m’entendais pas avec mes parents, je me battais tout le temps, je fumais du pot (de l’herbe NDLR) Je ne suivais aucune règle, je voyais ma santé se détériorer, je ne pouvais pas courir deux minutes. C’est dur pour un adolescent de se sentir tout seul et de devoir aller à l’extérieur de la maison pour se sentir bien.

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Ali Nestor, le propriétaire du gymnase, croit aux vertus formatrices du sport de combat encadré. Cet Haïtien d’origine eu l’idée de mettre sur pied ce programme mariant boxe et études, en s’appuyant sur sa propre expérience de jeune délinquant mal dans sa peau:

Je me vois à travers eux, jeune. Je vois beaucoup de jeunes qui arrivent qui sont en colère, qui ont des frustrations envers la société. Souvent la famille qui arrive ici, le jeune qui est d’origine haïtienne, et même le jeune qui est d’origine arabe, un peuple aussi ferme avec la famille, permet de voir comment fonctionne la culture québécoise, la famille québécoise. Tu es carrément pris entre les deux cultures, souvent tu es effectivement très mélangé.

Sur le bord du ring, Nasser enseigne les règles de la boxe à des jeunes souvent en colère:

Il faut de la discipline. Parfois, on aimerait bien contrôleur leur langage, leurs gestes. Des fois, on trouve des gens qui viennent ici avec de l’agressivité, ils cherchent la bagarre. Alors là, on dit non. La boxe, ce n’est pas comme dans la rue, c’est le noble art. C’est de l’éducation avant tout, c’est un sport, c’est du fair-play. Même si je suis battu, à la fin, on se serre la main.

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En 4 ans, plusieurs des jeunes qui ont fréquenté le gymnase ont repris le chemin de leurs études ou se sont formés à un métier technique. Ali fonde beaucoup d’espoir sur l’avenir sportif de Lydia, l’ex-bagarreuse devenue boxeuse.

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