Un reportage de Frédéric Ojardias, correspondant de RFI à Séoul, en Corée du Sud

Corée du nord : 65e anniversaire de la fondation du pays
Corée du nord : 65e anniversaire de la fondation du pays © MAXPPP/Yonhap News Agency

Malte :

Plus les touristes iront en Corée du Nord, plus il y aura d‘interactions entre Nord-Coréens et étrangers, et moins le régime pourra maintenir son contrôle.

Malte est un touriste allemand qui s’est rendu en voyage organisé en Corée du Nord. Le très autoritaire régime de la dynastie des Kim a décidé de gagner des devises en attirant davantage de touristes : Pyongyang est ainsi en train d’achever une station de ski flambant neuve, et a ouvert davantage de villes aux visiteurs étrangers.

Mais en Corée du Sud, les associations de défense des droits de l’Homme s’inquiètent : elles accusent le tourisme de soutenir l’un des pires régimes de la planète, qui détient 150 000 personnes en camps de concentration.

Malte a participé avec son père à un voyage de 5 jours, très cher, en Corée du Nord :

Dès que nous avons traversé la rivière entre la Chine et la Corée du Nord, mon père a mis la tête hors du train et a dit « Oh mon Dieu », quand il a vu à quel point les gens étaient pauvres. Nous avons fait le circuit de propagande habituel, celui que tout le monde fait. Cela inclut le musée où vous pouvez voir tous les cadeaux que Kim Jong-il et Kim Il-Sung ont reçu des dirigeants du monde entier. Avec l’argent que nous avons dépensé pour ces 5 jours en Corée du Nord, nous aurions pu passer un mois en Thaïlande… Mais c’est un voyage intéressant !

Au Nord, les touristes ne sont pas lâchés d’une semelle par leurs guides nord-coréens et ne peuvent pas interagir librement avec la population ; mais Malte estime que ces échanges, même sous contrôle, permettront à long terme de casser le mur que le régime veut dresser entre sa population et le monde extérieur.

Un avis que Kim Eun-young, de l’ONG Citizen’s Alliance à Séoul, ne partage pas :

Le nombre de touristes étrangers en Corée du Nord continue d’augmenter, même si la communauté internationale reconnaît les violations des droits de l’Homme qui existent. Le montant des devises obtenues grâce au tourisme est certes encore limité, mais cet argent va directement dans les mains du régime. En outre, les touristes ne peuvent aller que dans des zones très limitées, et ne peuvent pas rencontrer de Nord-Coréens ordinaires. Je ne crois donc pas que le tourisme puisse améliorer la vie des Nord-Coréens.

Un argument que réfute le voyagiste Koryo Tours, basé à Pékin. Son fondateur, Nick Bonner, a aussi réalisé plusieurs documentaires sur le Nord. Son agence tente de multiplier les contacts entre ses clients et les Nord-Coréens, et a même récemment réussi à organiser des séjours chez l’habitant :

Il est très important de choisir avec quelle agence de voyage vous partez ! Si vous vous baladez au Nord comme si vous visitiez un zoo, sans rencontrer de Nord-Coréens, alors moi aussi j’émettrais des doutes. La Corée du Nord a une politique isolationniste, et je pense que vouloir maintenir cet isolement, c’est presque soutenir le système, d’une certaine façon. Si vous voulez changer la Corée du Nord, il faut des échanges. Et souvent le premier type d’échange dans de tels pays, c’est le tourisme. Cela permet une communication sommaire, une normalisation, et les choses se développent à partir de là.

On estime qu’environ 25 000 touristes étrangers, essentiellement chinois, se rendent en Corée du Nord tous les ans. Un nombre qui pourrait augmenter dans les prochaines années.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.