Un reportage deFrançois-Xavier Freland, à Caracas, au Venezuela

Rayma : « Les nouvelles dictatures n'interdisent jamais directement, mais elles le font avec des moyens alternatifs. Et au Venezuela, on peut dire ce qu'on veut, le problème c'est que cela a des conséquences »

Rayma, caricaturiste de presse vénézuélienne
Rayma, caricaturiste de presse vénézuélienne © François-Xavier Freland

La voix que vous venez d'entendre est celle de Rayma, la plus célèbre des caricaturistes du Venezuela.Dimanche prochain, Hugo Chavez, au pouvoir depuis 14 ans, briguera un nouveau mandat. Et pour sa campagne électorale qui s’achève ce soir, il s’est imposé sur toutes les chaines de télé et de radios.

Selon Rayma, Hugo Chavez a ainsi obligé la presse d’opposition à s’autocensurer.

Rayma habite un lotissement surveillé jour et nuit de la banlieue huppée de Caracas : presque classique au Venezuela, pays qui détient le record d'homicides sur le continent. Sauf que Rayma est caricaturiste et reçoit régulièrement des menaces de mort pour ses dessins publiés dans le grand quotidien d'opposition El Universal , rarement indulgents avec le président Chavez. Rayma : « Le président Chavez a construit toute une stratégie pour exproprier et récupérer la plupart des télévisions et radios du pays. Il possède désormais une télévision qu'il utilise pour une propagande constante, endoctrinée, mais aussi pour fomenter la haine au sein de la population. Moi, je suis apparue plusieurs fois à mon insu dans les programmes de ces télévisions où l'on jette en pâture mon image publique, où l'on reconnait mon visage, où l'on montre mon travail, où l'on me traite de fasciste, ou de terroriste, et même de raciste… On me soumet à une pression publique très dure, surtout dans un pays où il y a tant de violence » Depuis quelques années, Rayma vit avec l'idée de devoir s'exiler un jour. Pourtant, ses dessins, où elle aime à représenter Chavez en président d'une république bananière, ne sont jamais outranciers. Mais au pays de la démocratie participative, la critique du pouvoir est de moins en moins bien acceptée.

En 2010, une nouvelle loi, la ley de ressorte, pour responsabiliser les médias dans leur manière de couvrir l'actualité, a été perçue comme l'institutionnalisation de la censure. Désormais, toute caricature du président est passible de trente mois de prison. Angelina Jaffe est l'avocate de Rayma, spécialiste des questions politiques et juridiques à l'Université métropolitaine de Caracas. Angelina Jaffe : « Si Chavez gagne les élections il pourra avec raison interpréter cela comme un feu vert pour poursuivre son projet politique. Et cela débouchera sans aucun doute sur une dérive autoritariste, à travers laquelle s'imposera bien entendu l'idée de fermer les médias critiques. Car cela fait partie de la paranoïa marxiste que l'on retrouve non seulement ici, mais aussi partout dans le monde et qui consiste à dire que ce n'est jamais la faute du gouvernement, mais qu'au contraire il est toujours victime des médias aux mains de la bourgeoisie, etc… Donc, qu’il faut les faire taire. D'ailleurs ils parlent eux-mêmes d'hégémonie médiatique » Alors qu'elle avait renoncé, un temps, à caricaturer Hugo Chavez pour ne pas avoir de problèmes avec la justice de son pays, Rayma croque à nouveau dans ses dessins le Comandante.

On découvre aujourd'hui un personnage boursouflé, un grand nez, des grandes oreilles. Et lorsque vous lui demandez pourquoi, Rayma répond « Chavez n'est plus le beau et fin militaire des années 90, c’est bien la preuve que le pouvoir déforme ».

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