Un reportage de Florence La Bruyère, à Budapest, en Hongrie

Zsolt Csiri, père de famille et sans-abri :

Je ne paierai pas les amendes, je ne ferai pas de travaux d’intérêt public. Alors ils me mettront en prison. A ma sortie je serai de nouveau à la rue, et retour à la case départ. __

Le 30 septembre dernier, a^
Le 30 septembre dernier, a^ © Radio France / Florence La Bruyère

Zsolt Csiri estsans domicile fixe, comme 8.000 à 10.000 personnes qui vivent à Budapest, ville de 2 millions d’habitants. Car même s’il travaille, Zsolt ne gagne pas assez d’argent pour louer un appartement. Il habite donc une cabane dans un espace vert de la capitale hongroise. Depuis le 30 septembre dernier, il risque la prison car ces abris de fortune sont désormais interdits par la loi, suite à une modification du Code pénal par la droite populiste de Viktor Orban. Un vote qui a donné lieu à une manifestation.

« La ville est à tout le monde ». C’est la devise d’une association qui défend les sans-abri à Budapest. Il y a quelques jours, elle a appelé à manifester contre la nouvelle loi. Zsolt Csiri est membre de l’association . Il y a 5 ans, sa vie a basculé et il s’est retrouvé à la rue :

J’ai 43 ans, 4 enfants et je suis divorcé. J’ai perdu mon travail il y a 5 ans et après ça n’allait plus avec ma femme, alors je leur ai laissé la maison. Je les aide quand je peux. J’habite dans un bois. Avec un copain, on a ramassé des meubles dans la rue et avec ça, on a fait une petite cabane.

Avec la nouvelle loi, les gens qui vivent dans ces cabanes devront payer des amendes ou bien faire de la prison. Les municipalités pourront aussi créer sur leur territoire des zones interdites aux SDF. Pour le porte-parole du gouvernement, Ferenc Kumin, cette loi permettra de sauver des vies :

Tous les ans, des gens meurent dans la rue. L’Etat a tout de même des obligations quant à la santé et la sécurité de ses citoyens. C’est pour ça que vous accrochez votre ceinture de sécurité au volant ! D’accord, c’est VOTRE voiture, mais le gouvernement impose certaines règles. Ici, c’est pareil ! Quand il fait moins 20°C, les autorités doivent avoir les moyens d’agir.

Tessa Udvarhelyi est membre de l’association de défense des sans-abri. Elle a une impression de déjà vu. Car une loi très similaire avait été votée en novembre 2011. A l’époque, elle avait été annulée par la cour constitutionnelle. L’Etat n’a pas le droit de criminaliser les sans-abri, avait dit la cour. Mais comme l’explique Tessa Udvarhely, le gouvernement a réussi à faire repasser la loi :

Ils ont modifié la constitution : elle permet maintenant de criminaliser les sans-abri. Comme c’est dans la constitution, la cour constitutionnelle ne peut plus dire que cette loi est illégale ! Depuis l’arrivée de ce gouvernement, l’Etat de droit est de plus en faible ; c’est vraiment dangereux.

L’association « La ville est à tout le monde » ne baisse pas les bras. Elle est décidée à porter plainte contre l’Etat hongrois jusqu’à Strasbourg, devant la cour européenne des droits de l’Homme.

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