Un reportage d'Eric Samson, à Quito, en Equateur

Roque Sevilla : « Quand on est arrivés ici, la forêt n’était pas protégée. La première réserve, c’était d’ailleurs les 1200 hectares que nous avons acheté. Et puis les gens ont réalisé que les touristes venaient, qu’ils avaient de l’argent, qu’ils laissaient des pourboires… »

La jungle près de Vilcabamba
La jungle près de Vilcabamba © marches-lointaines.com

Roque Sévilla, que vous venez d’entendre, est le directeur de Futura, une grande société équatorienne spécialisée dans le tourisme. Il vient d’inaugurer le Mashpi Lodge, un hôtel de luxe en pleine forêt andine, près de Quito, Le concept consiste à développer un capitalisme social au service de l’environnement.

Le gouvernement équatorien aimerait transformer la population en actionnaires pour protéger l’écosystème.

A 2 heures de Quito, la forêt brumeuse est un mélange entre les Andes et l’Amazonie. Une forêt luxuriante, beaucoup de pluie et une faune extraordinaire, une véritable perle touristique dont les habitants n’avaient pas conscience.

Franklin Basantes se souvient encore du sort du dernier jaguar de la zone : « Ils l’ont tué. Ils l’ont tué dans le quartier Las Délicias dans le village. Le jaguar s’attaquait au bétail alors ils l’ont chassé et ils l’ont abattu »

Et puis, les choses ont changé. Roque Sévilla, le président du groupe Futuro, est tombé amoureux de la région. Le groupe achète 1200 hectares, qu’il protège. Il y a 2 mois, un hôtel de luxe, le Mashpi Lodge, a été inauguré. Parmi ses employés, José Napo, arrivé ici il y a 34 ans et qui, à l’époque, a fait comme tout le monde.

José Napo : « Il n’y avait pas beaucoup de travail ici. On vivait tous de la coupe de bois précieux. On taillait la forêt juste là où est construit l’hôtel. On asséchait les rivières, moi comme les autres. Quand les propriétaires de l’hôtel sont arrivés, ça n’a pas été facile de nous faire changer d’activité, mais ils ont insisté et peu à peu, on a pris conscience de l’importance de protéger la région. Aujourd’hui les communautés ne coupent plus les arbres… »

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Pour les motiver, le gouvernement et les propriétaires de l’hôtel misent aujourd’hui sur le capitalisme social.

Roque Sévilla, président du groupe Futuro : « Nous avons accepté de céder 17% des actions de l’hôtel au fonds « Croire en l’Equateur » créé par le gouvernement. L’idée est que ces actions soient ensuite achetées par la communauté locale et les travailleurs de l’hôtel »

Le projet doit durer 6 ans. A partir de la 4ème année, le gouvernement va mettre ses parts en vente, sans intérêt. Mais pas à n’importe qui, selon José Antonio de la Cerda qui s’occupe du projet.

José Antonio de la Cerda: « Les actionnaires locaux auront la préférence. On va faire un fonds d’épargne avec des prélèvements sur salaires, sur les bonus du personnel. Ce fonds accumulera des intérêts. Quand les actions de l’Etat seront mises en vente, l’idée est que le personnel ait un capital pour les acheter »

Si la population locale n’arrive pas à réunir le million et demi de dollars investis par le gouvernement dans la construction du Mashpi Lodge, les actions de l’Etat seront vendues en bourse à qui veut les acheter, mais ce n’est pas l’idée selon Roque Sévilla.

Roque Sévilla: « On ne va pas rester passif. On va organiser la communauté pour qu’elle obtienne les fonds notamment grâce aux produits et à la nourriture qu’elle vendra à l’hôtel »

Un accord gagnant-gagnant.

José Antonio de la Cerda : « C’est un cercle vertueux. Les employés locaux deviennent actionnaires et gagnent plus parce qu’ils protègent l’écologie et permettent aux touristes de venir admirer notre faune et notre nature »

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