Un reportage de Nicolas Ropert, correspondant de RFI à Kaboul, en Afghanistan

Fahim :

Je suis venu il y a 3 jours pour faire changer ma prothèse. Depuis, je fais des exercices et je leur ai dit qu'elle était trop courte. Donc, ils l’améliorent.

Mutilés de guerre en Afghanistan
Mutilés de guerre en Afghanistan © Nicolas Ropert

Le centre orthopédique de Kaboul en Afghanistan est un établissement financé par le Comité International de la Croix-Rouge (le CICR) grâce auquel Fahim peut de nouveau se déplacer. Il y a 3 ans, il avait marché sur une mine. Comme lui, les victimes civiles du conflit qui oppose les insurgés talibans aux forces de l’Otan et du gouvernement afghan sont de plus en plus nombreuses.

Leur nombre aurait augmenté de 23% sur le 1er semestre de 2013 selon un récent rapport de l’ONU. Et le centre orthopédique ne désemplit pas.

Le centre est situé dans un quartier périphérique de la capitale afghane mais tout le monde le connait. Créé en 1988, le centre orthopédique de Kaboul voit venir des patients d'un peu partout dans le pays.

Fahim est originaire de la province de Parwan, à une centaine de kilomètres de là.

Ce centre est d'une grande aide pour moi. Je n'aurai pas les moyens de m'acheter une prothèse. Heureusement que le CICR est là pour m'en fournir une. Sinon je ne sais pas comment je ferai. Ca coute environ 2000 dollars. Je n'ai pas un travail fixe donc c'est complètement impossible pour moi de payer cette somme.

Le centre a accueilli près de 8.000 patients l'an dernier. 67% d'entre eux sont des victimes du conflit. C'est ce que rapporte Najmudin Hellal, le directeur de l'établissement.

Ceux qui ont perdu un membre à cause d'une mine, d'une roquette ou d'un bombardement, ne viennent pas directement chez nous. Ils vont, dans un premier temps, à l'hôpital. Et quand la blessure est guérie, ils nous rendent visite. On leur fabrique des prothèses, on leur apporte une aide pour marcher et ils sont suivis par un physiothérapeute.

Car l'action du CICR ne s'arrête pas à la partie physique. Le centre joue un rôle d'accompagnateur pour les handicapés souhaitant se réinsérer. Financement via micro-crédit, aide de retour à l'emploi. Ce volet social, comme le décrit le directeur, a pris une place considérable.

Le handicap n'est pas rejeté par la société afghane. Culturellement, nous y sommes habitués. Mais le problème, c'est qu'on a le sentiment que la société préfèrerait les garder dans un coin en étant désolé pour eux. Ils ne les laissent pas exprimer leur potentiel, ce qu'ils peuvent faire. C'est pour cela que nous devons montrer que c'est possible. Si on donne une opportunité à un handicapé, s'il est bien formé, il peut faire plein de choses.

Pour montrer l'exemple, les 600 employés, du directeur à la femme de ménage, sont handicapés physiques.

Ajmal travaille dans l'atelier du centre à la fabrication des prothèses. Il a perdu la partie inférieure de sa jambe mais prouve qu'un handicapé peut travailler.

La population nous accepte plutôt bien. Mais le problème, c'est pour trouver du travail. Moi j'ai été traité ici et quand je suis sorti, j'ai cherché du travail, mais c'était très difficile. Heureusement, j'ai été embauché ici. Sinon je ne sais pas ce que je ferais.

Victime de son succès, le CICR a du ouvrir des centres en province. Aujourd'hui, il y en a 7 dans tout le pays.

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