Un questions-réponses réalisé avec Fleur Sitruk, en direct de Jérusalem, en Israël

Barrière à la frontière israélo-égyptienne
Barrière à la frontière israélo-égyptienne © Radio France / Fleur Sitruk

Les Juifs célèbrent demain Pessah, la fête qui commémore la sortie des hébreux d’Egypte. Aujourd’hui, Moïse aurait eu bien du mal à mener son peuple au-delà du Sinaï : une barrière impressionnante a poussé depuis un an dans le désert, à la frontière israélo-égyptienne, sur110 kilomètresde long, soit près de la moitié de la longueur de la frontière ! Les Israéliens estiment qu’ils auront totalement achevé sa construction d’ici un an. Et l’armée israélienne y a considérablement renforcé ses effectifs.

Pourquoi un tel déploiement de force, à la frontière d’un pays qui est en paix avec Israël ?

La barrière avait été imaginée, à l’origine, pour empêcher le passage des centaines de réfugiés soudanais et érythréens, qui tentent chaque jour de se rendre illégalement en Israël, depuis l’Egypte. Mais depuis un an, la question des immigrés clandestins est passée au second plan.

Selon un officier supérieur du commandement sud de l’armée israélienne, depuis la chute du président égyptien Hosni Moubarak, le Sinaï est devenu un véritable far-west, aux mains de trafiquants en tout genre, trafic de drogues, d’armes, d’hommes et de femmes. Il ne se passe pas un jour sans qu’il y ait une tentative de passage de la frontière, pas une semaine sans échange de tirs entre l’armée israélienne et des contrebandiers.

- L’autre menace, selon l’armée israélienne, c’est le développement d’activités terroristes

En août dernier, des hommes armés venus d’Egypte ont commis plusieurs attentats, tuant huit Israéliens dans la région d’Eilat. Six policiers égyptiens ont ensuite trouvé la mort dans un échange de tirs entre l’armée israélienne et les assaillants.

Pour le gouvernement israélien, le Sinaï est tout simplement devenu l’arrière cour des groupes armés de Gaza, et un nouveau terrain de jeu pour le terrorisme international.

L’armée israélienne, de son côté, est limitée dans sa contre-offensive, car elle ne peut franchir la frontière, au risque de provoquer un incident diplomatique avec l’Egypte.

C’est cette impuissance, lié à la crainte d’attentat, qui a provoqué le dernier cycle de violence entre Israël et la bande de Gaza, et la mort de 25 Palestiniens : l’armée israélienne a déclenché les hostilités en éliminant, le 9 mars dernier, le chef des Comités de Résistance Populaire à Gaza, soupçonné de préparer un attentat justement depuis le Sinaï.

- L’armée israélienne compte donc sur cette barrière pour éviter toute infiltration

La barrière de 5 mètres de haut, couverte de barbelés, et qui sera sans aucun point de passage sur les 240 kilomètres qui séparent Eilat de la bande de Gaza, fait partie d’un dispositif plus large : avec des patrouilles régulière, de la surveillance vidéo, et aussi une étroite collaboration avec l’Egypte.

Les deux pays ont déjà revu cette année la clause de l’accord de paix, qui prévoit que le Sinaï soit une zone démilitarisée, pour permettre au Caire d’augmenter le nombre de ses forces armées à la frontière.

Mais la barrière a ses limites : elle ne peut rien contre les tirs de roquettes. Cette nuit, au moins une roquette de type Grad a été tiré sur la ville d’Eilat depuis le Sinaï. Elle n’a pas fait de victime, mais des habitants choqués sont traités en ce moment par les équipes médicales.

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