Un questions-réponses réalisé avec Frédéric Ojardias, en direct de Séoul, en Corée du Sud

Censure
Censure © Umberto Lopez

C'est un programme de radio, largement relayé sur internet, qui s’appelle « Je suis une fouine » et connaît un grand succès dans le pays. Très critique vis-à-vis du parti au pouvoir, il est devenu en quelques mois un must. Qu’est-ce donc que ce « je suis une fouine » ?

Son concept est très simple : une fois par semaine, quatre commentateurs se réunissent pour discuter de l’actualité politique sud-coréenne. Ils attaquent les politiciens -et notamment le président conservateur- avec un mordant, une ironie et un manque de respect auquel les Coréens ne sont pas du tout habitués.

Il faut dire que le paysage médiatique ici est en majorité constitué de médias conservateurs, plutôt timorés contrôlés de près et les Coréens n’ont pas du tout l’habitude de cette liberté de ton et de l’utilisation de la satire. Le succès du podcast a donc été foudroyant. Non seulement les quatre complices qui animent l’émission multiplient des blagues et des moqueries souvent très drôles, mais en plus, ils n’hésitent pas à sortir des révélations très gênantes pour le pouvoir en place, des révélations qui sont ensuite reprises par les autres médias.

  • Ce podcast sorti de nulle part a donc aujourd’hui une influence considérable

Tout à fait. Rien que sur la plateforme iTunes, chaque émission est téléchargée par deux millions de personnes et on estime l’audience totale à six millions. La Corée du Sud est considérée comme le pays le plus connecté au monde et les jeunes Coréens à la recherche d’un contre-pouvoir médiatique se tournent tout naturellement vers Internet.

Pour vous donner un exemple de l’influence de ce podcast, lors des récentes élections municipales à Séoul, c’est un personnage très improbable qui a été élu, un avocat militant des Droits de l’Homme qui était un novice absolu en politique. Il a pourtant réussi à battre la candidate de la majorité, qui elle n’avait pas été épargnée par les attaques de la fouine.

L’émission avait notamment révélé qu’elle fréquentait un institut de beauté dont l’adhésion annuelle coûte 66.000 euros. Une révélation qui a contribué à son échec lors des élections.

  • Le parti au pouvoir, comment réagit-il ?

Cela ne le fait pas rigoler du tout, car les élections présidentielles approchent. Le problème, c’est que l’émission étant diffusée sur Internet, sur les plateformes iTunes et Androïd, elle est donc hors d’atteinte des ciseaux de la censure.

Le gouvernement a donc décidé de s’attaquer directement aux quatre animateurs du podcast et a entamé une action en justice pour « diffamation », une accusation souvent utilisée, ici, pour rappeler les médias à l’ordre.

Sauf que dans ce cas, ce n’est pas efficace du tout. Le créateur de l’émission, Kim Ou-joon, a déclaré que cette action en justice lui faisait même plaisir, car elle lui permettait de montrer à ses auditeurs qu’il ne fallait pas se laisser intimider. Et du coup, son podcast attire encore davantage de monde.

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