Un reportage de Grégory Tervel, à Oslo, en Norvège

Jens Stoltenberg, ancien premier ministre norvégien : __

La Norvège est devenu un pays meilleur grâce à plus d’égalité entre les hommes et les femmes. Je vous souhaite un joyeux anniversaire ! __

En Norvège, au mois de juin dernier, le Premier ministre d’alors, Jens Stoltenberg célébrait aux sons du « joyeux anniversaire » norvégien le centenaire du droit de vote accordé aux femmes.

La Norvège fut l’un des premiers pays au monde à le leur accorder et cent ans plus tard, elle donne encore l’exemple : cet automne le Premier ministre travailliste a dû céder sa place à son opposante conservatrice Erna Solberg.

Désormais ce sont des femmes qui occupent simultanément les principaux postes à responsabilité du pays.

Depuis le mois d’octobre, les Norvégiens qui ont le plus de pouvoir sont des Norvégiennes. En tête de liste, la chef du gouvernement conservatrice : Erna Solberg. A ses côtés, la ministre des finances populiste, Siv Jensen, détient non seulement les clés du budget de l’Etat, mais aussi du gigantesque fond souverain qui recueille les revenus pétroliers du pays.

En Scandinavie, le modèle social est fondé sur le consensus entre le gouvernement, les syndicats et le patronat. Toutes les avancées économiques et sociales passent par cet accord tripartite. Depuis ce printemps, c’est Gerd Kristiansen qui dirige la grande confédération syndicale LO, et Kristin Skogen Lund occupe le fauteuil de chef du patronat depuis un an.

Cette présence simultanée de femmes aux commandes du modèle norvégien résulte d’une culture de l’égalité, d’aprèsla chercheuse Mari Teigen :

La valeur d’égalité est très centrale dans la société norvégienne. Par exemple les différences entre les hauts et les bas salaires sont moins importantes que dans les autres pays. L’égalité est en quelque sorte une norme culturelle, on accepte mal qu’il puisse y avoir des différences entre les gens. Ce constat a déteint sur la manière d’envisager les rapports entre les hommes et les femmes : il est devenu illégitime de défendre le fait qu’il puisse y avoir des différences entre les sexes. On peut dire que cela fait partie de la mentalité norvégienne, car c’est inscrit dans une longue histoire.__

La progression de la parité doit également beaucoup à la sociale-démocratie et à des personnalités comme l’ancienne Premier ministre, Gro Harlem Brundtland . Depuis son gouvernement de 1986, tous les gouvernements norvégiens ont compté au moins 40% de femmes.

D’après elle, le fait que deux femmes sur trois aient aujourd’hui un emploi est l’une des clés de la très bonne santé de l’économie norvégienne :

La participation des femmes dans la vie active est synonyme de très grands avantages pour l’économie d’un pays. Et cela vaut pour tous les pays de la planète. En Norvège, le taux d’emploi des femmes est très élevé, et rien que la différence avec le taux moyen en Europe constitue un bénéfice plus important pour l’économie norvégienne que l’ensemble de notre secteur pétrolier et gazier.__

La Norvège n’est pas pour autant arrivée à destination en matière de parité. Les femmes sont par exemple très peu à diriger des entreprises.Margunn Bjørnholt préside l’association féministe NKF fondée il y a 129 ans :

__ Aujourd’hui les hommes gagnent plus, possèdent plus, et décident plus, donc le chemin est encore très long !

La présence simultanée de femmes aux postes les plus importants du pays n’a en tout cas épaté personne en Norvège. Très peu d’articles de presse l’ont mentionné. Cette discrétion est sans doute la meilleure preuve que la parité en Norvège est désormais synonyme de normalité.

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