Un reportage d'Eric Samson, à Quito, en Equateur

Lorena Escudero : « Notre programme de soutien aux migrants qui reviennent en Equateur s’appelle ‘Bienvenus à la maison’ car nous savons à quel point il peut être compliqué de revenir dans son pays natal. L’Etat doit apporter son aide, tout comme la société ».

Lorena Escudero est la ministre équatorienne des Migrants. Le phénomène qu’elle décrit est celui de la « Migration à l’Envers », car l’Equateur doit en ce moment faire face au retour de milliers de migrants.

Des Equatoriens qui avaient tenté leur chance en Europe, mais qui, en raison de la crise économique, sont de plus en plus nombreux à revenir dans leur pays d’origine.

Si la crise est sévère pour les Espagnols, elle est souvent pire pour les immigrés, surtout les sans-papiers. 12.000 Equatoriens ont quitté l’Espagne l’an dernier pour rentrer chez eux et le mouvement s’accélère selon la ministre des Migrants, Lorena Escudero.

Lorena Escudero: « Les retours ne sont pas encore massifs, mais ils sont beaucoup plus importants que ces dernières années. Il y a entre 8 et 15.000 familles équatoriennes touchées par le problème des hypothèques et 10.000 de nos concitoyens courent le risque de perdre leur résidence en Espagne »

Certains sont revenus à temps : Estela Chimborazo et son mari par exemple, qui avaient pourtant obtenu leurs papiers et s’étaient bien adaptés à Barcelone.

Estela Chimborazo : « On a décidé de rentrer avec mon mari quand on a vu le prix des appartements monter terriblement. La « bulle immobilière » comme ils l’appellent. On avait acheté le nôtre et on se disait : «ça ne va pas durer ». La crise d’aujourd’hui, on l’a vue venir et on a décidé de rentrer avant qu’il ne soit trop tard. On a vendu notre appartement et on a pris le premier avion. C’était il y a 5 ou 6 ans… »

Avec leurs économies, Estela et sa famille ont acheté un restaurant en Equateur. Le retour s’est bien passé. Ce n’est pas le cas de Carlos Jordan. Carlos est arrivé à Madrid alors que la situation était déjà difficile. Sans papiers, il a connu de longues périodes de chômage. Il s’est accroché le plus longtemps possible mais aujourd’hui de retour à Quito il n’est plus le même.

Carlos Jordan : « Tu n’as pas envie de t’amuser. Tu te sens mal, tu as la pression… Tu penses tout le temps à tes dettes, à comment tu vas t’en sortir… Avant j’étais une personne joyeuse. Je rigolais tout le temps. J’étais un peu le clown de la famille. Mais mon expérience en Espagne m’a changé. A mon retour j’étais une personne triste, soumise… »

Rien de très surprenant pour le psychologue Jaime Costales ;

Jaime Costales : « Le retour forcé est un autre déchirement culturel. Il y a d’abord le choc de la migration : s’habituer à un autre pays, à d’autres coutumes, au racisme, à l’éloignement de la famille… Mais le retour dans son pays d’origine après des années d’absence et en situation d’échec, c’est tout aussi difficile… »

Pour la ministre des Migrants Lorena Escudero, gérer le retour des migrants doit être une politique globale.

Lorena Escudero : « Le programme ‘Bienvenue à la maison’ est financé par pratiquement tous les ministères. Celui du Logement par exemple offre des crédits pour que les migrants de retour puissent acheter une maison. Le ministère de la Santé organise des concours pour que les docteurs puissent revenir avec l’assurance d’avoir un travail. Le ministère de l’Agriculture réservera3000 hectaressur la côte pour des projets agricoles de migrants, et des projets industriels et commerciaux seront financés par l’Etat ».

Même si chaque histoire de migrant est personnelle et qu’il est toujours difficile de généraliser, une chose est sûre : revenir est parfois plus compliqué que partir.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.