Un questions-réponses réalisé avec Thibaut Cavaillès, en direct de Tunis, en Tunisie

Gafsa (Tunisie)
Gafsa (Tunisie) © US Army Africa

Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé doit atterrir à la mi-journée à Tunis. Il restera deux jours sur place et s'entretiendra avec les autorités tunisiennes. Près d’un an après la chute de Ben Ali, la Tunisie s'organise petit à petit, non sans difficultés. Le pays connaît en ce moment des mouvements sociaux et notamment, un gros blocage dans le bassin minier de Gafsa.

__

__

Ces mouvements durent et paralysent une grande partie de l'économie tunisienne. Ils ont notamment lieu dans le bassin minier de Gafsa. C'est là qu'est extrait le phosphate, richesse importante de la Tunisie : huit millions de tonnes par an sont extraits des mines et carrières, et la Tunisie se place au rang de cinquième pays producteur.

Une année 2011, donc, marquée par les événements et un mouvement qui ne cessent depuis mi-novembre.

La Compagnie de Phosphate de Gafsa, qui extrait le phosphate, et sa branche le Groupe Chimique Tunisien, qui le transforme en engrais, ont organisé un concours pour embaucher plusieurs centaines d'employés. Ce concours devait normalement se baser sur des critères sociaux. Mais dans la nuit du 23 au 24 novembre, juste après la proclamation des résultats, plusieurs villes de la région ont connu un véritable embrasement.

Pour les manifestants, les résultats étaient faussés, certaines personnes qui avaient déjà un emploi auraient, par exemple été favorisées.

Et les chômeurs y ont vu un favoritisme, un clientélisme, qui les ont ramenés à l'ère Ben Ali.

- Et donc, depuis, la production est paralysée

Oui. Plus rien ne sort des carrières, les trains sont bloqués par les protestataires ; quand un sit-in est levé, un autre s'installe... et le manque à gagner par jour serait de 3 millions de dinars, soit 1,5 millions d’euros. Cumulé avec une année chaotique, la production, bien sûr, a chuté et les clients de la Tunisie se sont tournés vers d'autres pays.

- On mesure mieux l'importance de cet embrasement lorsque l'on sait ce que représente le phosphate dans la région

Une région délaissée, selon ceux qui l'habitent. Elle est la plus touchée par le chômage : 62% des diplômés sont sans emploi. L'économie tourne quasi uniquement autour du phosphate et donc, on vit phosphate, on mange phosphate et bien sûr, on respire phosphate... Au sens propre du terme et avec des maladies : cancers des poumons, maladies des os, stérilité...

Malgré tout, on espère travailler dans le phosphate, les salaires étant bien plus intéressants qu'ailleurs...

__

- Ce n'est pas la première fois que la région s'embrase

Il y a quatre ans jour pour jour, le 5 janvier 2008, des émeutes dans les villes de Redeyef, Moularès, Mdhilla avaient eu lieu. Leurs habitants protestaient contre la corruption, le chômage et la cherté de la vie.

Cette montée en puissance de la colère avait duré jusqu'à juin 2008, lorsque les forces de l'ordre avaient tué un jeune manifestant. En début d'année 2010, toujours rien n'était réglé et la ville restait sous surveillance policière…

Et finalement, plusieurs observateurs estiment que c'est peut-être là, dans cette région, dans ce contexte, qu'est réellement née la révolution tunisienne...

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.