Reportage de David Baché, correspondant de RFI pour France Inter à Gao, Mali

Djibril, vendeur au marché :

Il y a du monde, mais pas autant qu’auparavant. Depuis la crise on a perdu près de 30% de client. Les gens ont peur après les actions qui ont eu lieu. On attend la paix, on espère.__

Au nord du Mali, cela fait plus de huit mois que les groupes rebelles menés par les Touaregs du MNLA et le gouvernement malien tentent de trouver un accord de paix. Les rebelles refusent pour le moment de signer le texte qui leur a été proposé par les médiateurs, et que Bamako a déjà validé. Dans le même temps, les groupes terroristes islamistes présents dans la région poursuivent leur œuvre destructrice, avec des attaques meurtrières et quasi quotidiennes. Et bien sûr ce sont les habitants de Gao qui en subissent les conséquences.

Marché à Gao, Mali
Marché à Gao, Mali © David Baché

Le marché de Gao, au bord du fleuve Niger, en plein cœur de la ville, les activités reprennent peu à peu. Mais la menace terroriste, omniprésente, ne facilite pas les choses…

Djibril, vendeur au marché :

Je m’appelle Djibril, je vends des habits sur le marché. La sécurité dans le pays, ça ne va pas bien… c’est pour cela que les affaires ne se vendent pas. Avant les gens venaient de la brousse pour faire leurs achats, mais maintenant il n’y a que les gens de la ville qui achètent.

- Pourquoi est-ce qu’ils ne viennent plus de la brousse ?

Il n’y a plus de gens en brousse. Tous se sont réfugiés ailleurs.__

- Ils ont pu venir jusqu’à Gao ?

Ils n’ont pas leur maison à Gao, ils ont leur maison dans la brousse. Dans la brousse il n’y a pas de sécurité. La communauté internationale n’a qu’à instaurer la sécurité. Le pays va se stabiliser, tout le monde sera en paix, en travaillant. Parce que s’il n’y a pas de sécurité, rien ne marche.__

Plus de deux ans après la libération du nord du Mali, occupé pendant dix mois par des groupes islamistes, la vie a doucement repris ses droits.

Mais pour le maire de Gao, Sadou Harouna Diallo, le redéploiement de l’administration est encore bien trop limité.

Sadou Harouna Diallo, maire de Gao :

Ici c’est le gouverneur qui détient l’administration. Les préfets sont là, mais l’arsenal qui complète l’administration n’est pas présent. Regardez à Gao, il y a une prison qui a été reconstruite mais il n’y a pas de juge. Celui qu’on arrête à la gendarmerie, deux jours après il est libéré. Il n’y a pas de sécurité. Les gens ne se sentent pas en sécurité. S’il n’y a pas un seul juge, le palais de justice c’est fini, les prisons sont finies.__

Il y a l’exemple de la Justice, il y a aussi celui de l’école.

La seconde rentrée scolaire, depuis que les occupants jihadistes ont été chassés, a bien pu avoir lieu cette année. Mais pas partout.

Almahadi Haidara est en charge de l’éducation pour l’Unicef, le fonds des Nations unies pour l’enfance, à Gao :

Oui dans les zones de brousses, il manque beaucoup de professeurs. Il y a 30% d’enseignants absents, qui n’ont pas encore repris l’enseignement dans la brousse.

- Ça veut dire qu’ils ont peur, l’enseignant cherche à ne pas être le seul fonctionnaire dans la localité. Cela veut dire que tant que l’Etat n’aura pas pu se redéployer dans tout le nord du Mali, les professeurs manqueront de manière importante ?

Oui, en quelque sorte, le regroupement doit être global. __

Dans la région de Gao, seules 510 écoles sont ouvertes, sur près de 680. Et dans les trois régions du nord du Mali, plus de 300 écoles sont toujours fermées, et des milliers d’enfants privés de leur droit à l’éducation.

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