Un reportage de Marie Vallerey à Phnom Penh, au Cambodge

Kek Galabru__ : « Les femmes vont souffrir deux fois. Une fois à cause des expulsions et une autre fois quand la famille est séparée »

Phnom Penh, Cambodge
Phnom Penh, Cambodge © Toby Simkin

Kek Galabru est la présidente de la Ligue cambodgienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l'Homme (la LICADHO), une association qui défend les habitantes du quartier Borei Keila, à Phnom Penh. Le 3 janvier dernier, 300 familles se sont retrouvées privées d’un toit, leurs habitations ayant détruites au nom du développement urbain. Pour unique compensation, un terrain excentré leur a été donné. Les femmes, premières victimes de ces évictions, ont organisé leur résistance, quitte à risquer la prison.

__ Des tirs de gaz lacrymogène, des grues qui détruisent tout : l'expulsion des habitants de Borei Keila s'est réalisée de manière musclée. Art se souvient bien de ce jour.

Art, habitante de Borei Keila : « Je voulais mourir dans ma maison, mais ils ne m'ont pas laissé le choix. Les forces de l'ordre m'ont expulsée. Mes voisins me disaient : sors ! Sinon ils vont te tuer! J'ai beaucoup donné pour me payer cette maison et ils ont tout détruit en quelques secondes »

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La compagnie Phan Imex, proche du pouvoir, avait obtenu le feu vert en 2003 pour un projet de développement dans ce quartier pauvre de Phnom Penh. En échange, 1770 familles devaient être relogées. Mais seulement 8 immeubles ont été construits depuis, sur les 10 promis.

Art, habitante de Borei Keila : « Au départ, j'y croyais.Je pensais vraiment qu'on allait reconstruire des bâtiments pour nous reloger »

__ La solution proposée pour ces laissés pour compte, c'est de vivre à 40 km de là, dans des tentes. Un bout de terrain en guise de compensation, très loin du logement décent espéré. Tam a préféré elle rester à Borei Keila, quitte à vivre sous un escalier.

Tam, habitante de Borei Keila : « Quand on vit à Phnom Penh, on parvient à faire des économies mais si on part loin de la ville, il n'y a rien à faire. On nous propose seulement un lopin de terre pour construire, mais il n'y a même pas de quoi cultiver ! » __

__ Un avis partagé par la LICADHO, une association qui soutient ces femmes. Sa présidente, Kek Galabru, redoute surtout un éloignement des maris.

Kek Galabru, présidente LICADHO: « Les hommes sont revenus travailler à Phnom Penh. Si la famille est séparée comme ça, j'ai bien peur qu'au bout de plusieurs mois, les maris ne rentreront plus voir leurs femmes et leurs enfants »

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Mi-janvier, les habitantes sont allées faire entendre leur voix devant la mairie. Une manifestation qui s'est suivie par l'arrestation de 24 d'entre elles. Mais pas de quoi stopper leur combat : elles continuent de protester.

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