Un reportage de Leïla Beratto, près de Tizi Ouzou, en Algérie

Saadi Hadibi : « Il y a plein de barrages, il y a plein de militaires, il y a tout un arsenal qui est là, malheureusement les kidnapping s continuent, le banditisme fait son chemin et le ci toyen n'est pas du tout rassuré »

Kabylie
Kabylie © Leïla Beratto

Saadi Hadibi est le vice- présiden t du conseil de département de Tizi-Ouzou, en Algérie. Il dénonce les kidnappings dont sont victimes les habitants de la r égion montagneuse de la Kabylie.

Depuis 2005, 72 enlèvements ont été recensés par les services de sécurité. Le dernier en date, c'était la semaine dernière.

Un jeune homme de 19 ans a disparu. Tout son village s'est mobilisé pour partir à se recherche, jusqu'à ce qu e l 'on re trouve son corps.

Il y a deux ans, lors de la disparition d'un jeune garçon, tout le village de Beni Douala a multiplié les manifestations. Ameziane Bachtarzi faisait partie de la cellule de crise. Comme beaucoup d'habitants, il ne supportait plus l'insécurité.

Ameziane Bachtarzi: « Je me disais à l'époque, peut être que ce sera mon frère ou mon cousin, quelle sera ma réaction si j'apprends que mon cousin est kidnappé et qu'il sera exécuté ? Ou si moi je bosse dignement, je gagne ma vie e t j'arrive à m'enrichir un jour et qu'on se retrourne vers mon fils, qu' on kidnappe mon fils et qu'on le tue ? __

- Vous vous sentez en sécurité à Béni Douala? __

- __ Non, pas du tout, si on quitte Tizi Ouzou vers Beni Douala le soir, c'est un coup de poker »

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Entrepreneurs, médecins, petits commerçants… Les enlèvements visent la communauté économique de la région. Mais les industriels subissent aussi rackets et menaces. Pour ce responsable de la mairie d'Azzefoun, une commune très touchée, les conséquences sont dramatiques.

Un responsable de la mairie d’Azzefoun :« Tu ne peux pas trouver ici dans la région de Kabylie, un entrepreneur digne de ce nom qui ne veut pas partir. C'est toujours la peur. Donc la région est visée »

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Pour de nombreux habitants, ce phénomène de kidnapping n'est pas clair. Il touche uniquement la région de Tizi Ouzou, alors que les forces de sécurité y sont très présentes.

« En K abylie, la grande K abylie, il n'y a pas un endroit où vous pouvez passer un carrefour où il n'y pas un point de contrôle militaire, gendarme ou policier, peu importe. Mais le résultat, c'est qu'il y a pas d’E tat. Par contre, ça n'empêche pas les terrorismes » __

« Les gens font la comparaison entre deux régions : la région de Bedjaia et la région de Tizi-Ouzou. Il y a certainements plus d’entrepreneurs et de gens riches du côté de Bedjaia, mais là-bas, il n’y a pas de kidnapping. Quelle est la véritable mission de ces services de sécurité ? »

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Aux yeux de la population locale, le problème sécuritaire est forcemment politique. La Kabylie paierait le prix de son histoire contestataire et la montée de la violence n'est pas un hasard selon l'avocat Salah Hanoune.

Maître Salah Hanoune: « Ce n'est pas ano din, c'est plutôt la conséquence du comportement politique des pouvoirs successifs. Donc c'est une région qui est ciblé e, on a envie de diluer s es revendications politiques , identitaires et démocratiques »

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La semaine dernière, un groupe a été condamné à la prison à perpétuité pour un kidnapping qui a mal tourné. La justice espère ainsi décourager les éventuels kidnappeurs. Mais, au même moment, un jeune homme a été retrouvé mort, enlevé puis tué par des amis. De quoi raviver les craintes des habitants qui redoutent que le rapt devienne une mode et le seul échappatoire contre la précarité.

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