Par Maureen Grisot,dans le camp de PTP, à une dizaine de kilomètres de Zwedru

Henriette, : « Ils disent que nous qui sommes au Libéria, nous sommes des pro Gbagbo. Et quand on veut partir au village, on va faire la Cour de Gbagbo. On a peur d’aller là-bas, on a peur de s’installer !»__

amnesty international dénonce un climat de peur en côte d'ivoire
amnesty international dénonce un climat de peur en côte d'ivoire © reuters

Comme Henriette, ils sont près de 60.000 Ivoiriens à s’être réfugiés au Liberia depuis la crise post-électorale de 2010-2011. Partisans de l'ancien président Laurent Gbagbo, ils avaient quitté leur pays pour fuir l'avancée des forces pro-Ouattara. Il y a une dizaine de jours, Alassane Ouattara était d’ailleurs à Zwedru, une ville libérienne qui accueille à elle seule quatre camps de réfugiés ivoiriens. Comment vivent ces Ivoiriens et qu'est-ce qui les empêche de rentrer chez eux ?

Le camp de PTP a plutôt des airs de village, avec ses maisons en terre, ses écoles et son marché. La plupart des 12.000 réfugiés sont là depuis bientôt trois ans –la vie s'est donc organisée.

Célestin Kohon Kahe cultive un potager avec d'autres réfugiés. A Blolequin, dans l'ouest ivoirien, ce planteur avait une terre, dont il louait une partie à des travailleurs mossis, des Burkinabés. Mais l'un de ses voisins a profité de son exil pour tout vendre à un étranger en se faisant passer pour le propriétaire :

C’est l’installation injuste des mossis sur nos terres qui fait que je ne peux pas rentrer maintenant. Ceux qui vivaient au préalable avec nous peuvent rester puisqu’ils se sont octroyés ce qu’on avait dans le passé. Mais ceux qui sont venus après la guerre, ceux qui ont profité des armes pour s’installer, on ne veut pas habiter avec eux.

Ce phénomène qui touche un grand nombre de réfugiés a été récemment dénoncé par Human Rights Watch. L'ONG américaine craint des violences si le gouvernement ne s'implique pas pour régler ces conflits fonciers. Ce qui décourage aussi ces réfugiés, c'est l'école : gratuite dans le camp, elle ne le sera plus à l'extérieur – le frère de Célestin est rentré avec l'assistance des humanitaires, mais il n'a pas pu inscrire ses enfants dans le public :

On lui dit qu’il a passé assez de temps au Libéria, donc qu’il n’a plus sa place au lycée. J’ai deux enfants qui sont au collège, mais à mon retour je ne pourrai même pas payer le collège. Qu’est-ce qu’ils vont devenir ?

Henriette Oulaï est bénévole dans le collège du camp. Cette ancienne secrétaire de mairie a du mal à vivre sans électricité, elle qui se dit habituée au luxe. Sa maison a été incendiée en Côte d'Ivoire, mais ce qu'elle redoute par dessus tout, c'est la stigmatisation politique :

On a peur de partir, car on a peur d’être indexés, par nos frères, qui disent « elle est pour Gbagbo, il faut l’attraper et la mettre en prison ». Celui qui a gagné, a gagné ! On le comprend, c’est un jeu de dames. On tourne la page ! On n’est pas nés réfugiés, c’est parce que les conditions ne nous sont pas favorables que nous sommes là. Si on nous arrête, nous on s’en va !

Henriette craint aussi de perdre le peu d'argent qu'elle a dans les nombreux barrages tenus par les soldats ivoiriens de l'autre côté de la frontière :

Quand tu arrives de l’autre côté, il y a des gens en treillis qui encaissent. Et si on veut s’asseoir par exemple en tant que personne âgée parce qu’on est fatigué, il vaut mieux avoir de l’argent ! Nous personnes âgées, on nous achève facilement par rapport aux jeunes.

Dans ces camps vivent aussi d'anciens miliciens qui avaient pris les armes pour Laurent Gbagbo, avant et après la crise post-électorale. Le gouvernement appelle tous les réfugiés à rentrer, mais assure que ceux qui doivent être poursuivis par la justice le seront.

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