Un reportage d'Eric Samson, en direct de Lima, au Pérou

Indiens d'Amazonie
Indiens d'Amazonie © guiraud;serge31

Eduardo Pichilingue : « Cela ne me surprend pas. C’est un modèle suivi par les compagnies et pas seulement au Pérou, un modèle d’assistanat »

Eduardo Pichilingue est Péruvien. Il est consultant auprès du Comité International pour la Protection des Indigènes en Situation d’Isolement Volontaire. Il réagit à une polémique lancée à la mi-septembre par Survival International.

Cette ONG spécialisée dans la protection de tribus isolées accuse le géant gazier argentin Pluspétrol d’essayer de convaincre les communautés indigènes de le laisser explorer les terres de leur réserve en échange d’objets sans grande valeur.

Au Pérou, Pluspetrol n’est pas une compagnie comme les autres. Elle exploite le principal gisement de gaz du pays, celui de Camisea, dans la région amazonienne de la province de Cusco. Pluspetrol souhaite aujourd’hui explorer de nouvelles zones, en particulier dans la réserve des indiens Kugapakori-Nahua. Une démarche critiquée par Rebecca Spooner de Survival International.

Rebecca Spooner : « Le Pérou vient de ratifier une loi qui oblige les compagnies à consulter les Indiens sur tout projet d’exploration et d’exploitation, qu’il soit minier, pétrolier ou forestier. Suivant ces règles, les Indiens auraient dû être contactés en amont de l’entrée des ouvriers de la compagnie sur leur sol. Ils ont le droit de refuser leur présence et cela permet d’éviter toute confrontation avec les ouvriers de la compagnie. Le problème, c’est que dans cette zone vivent des Indiens en isolement volontaire et que par définition, on ne peut pas les contacter sans mettre leur vie en danger »

Survival International accuse Pluspetrol d’avoir essayé d’acheter les indigènes en leur offrant des médicaments et des stylos. Une démarche qui n’étonne pas Eduardo Pichilingue, spécialiste en tribus isolées.

Eduardo Pichilingue : « Ils entrent dans les communautés indigènes et créent des besoins qui ne peuvent être résolus que grâce à l’argent de la compagnie, qui prend souvent elle-même la place d’un Etat absent. Généralement, il n’y a pas d’électricité, donc ça commence souvent par un don de générateur électrique, d’une télévision, ou alors de machettes, de médicaments, de stylos, des bibelots, qui finalement ne répondent à aucun besoin réel de la communauté »

Les écologistes sont d’autant plus inquiets que Survival International accuse l’agence officielle qui doit protéger les Indiens d’avoir fait pression sur les communautés pour ouvrir la voie à la compagnie gazière. Cette réalité a d’ailleurs été reconnue par le gouvernement, qui a nommé de nouvelles autorités à la tête de l’Agence. Une évolution positive, selon Rebecca Spooner.

Rebecca Spooner : « Dans le cadre du gisement gazier de Camisea, ce que l’on sait, c’est que le plan d’expansion est en cours de révision. Nous espérons que le gouvernement péruvien protègera les Indiens en situation d’isolement volontaire en refusant toute nouvelle exploitation pétrolière et gazière dans cette zone ».

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