Un reportage de Fleur Sitruk au sud d'Hebron, en Cisjordanie

Mohammad, un habitant de Susya : « Nous avons été expulsés de notre village en 1986, sous prétexte que c’était un site archéologique ; maintenant trois familles de colons vivent dedans. C’était juste un prétexte pour nous voler nos terres ! »

Ura, Palestinienne, et ses 3 enfants
Ura, Palestinienne, et ses 3 enfants © Fleur Sitruk

Moha mmad habite Susya, un village palestinien de Cisjordanie qui est une nouvelle fois menacé d’être totalement rasé par l’armée israélienne puisqu’il fait l’objet de 52 ordres de démolition. Pour le moment, plusieurs actions en justice bloquent ces démolitions, mais la cinquantaine de familles qui habite Susya vit dans des conditions extrêmement précaires.

Le câble électrique passe à quelques mètres au-dessus de la tente de la famille d’Ura, sans la desservir. Il raccorde en revanche la colonie toute proche, aux belles maisons blanches et à la végétation soignée. Ura, une Palestinienne de 26 ans, vit avec son mari et ses 5 enfants dans une tente de 25m², au sol de terre battue, sans eau courante ni électricité.

Ura : « Nous vivons dans des conditions très difficiles : l’été on a très chaud dans les tentes, l’hiver il fait froid et humide. Nous ne sommes pas autorisés à bâtir de vraies maisons ici, alors que les colons ont le droit de construire sur nos terres, et reçoivent l’eau et l’électricité. Je ne me sens pas en sécurité ici. Les colons nous harcèlent sans cesse, ils font peur aux enfants, ils nous font beaucoup de problèmes. Nous n’avons pas le droit de faire paître nos chèvres sur nos terres, qui se trouvent autour du village, car les colons les ont volées, sous toutes sortes de prétextes. Ce que nous voulons, c’est simplement vivre librement sur nos terres. »

Les habitants de Susya ont été expulsés de leur village il y a 25 ans, suite à la découverte des fondations d’une synagogue sur le site, transformé en parc archéologique.

Ils sont donc venus habiter sur les terres qu’ils cultivaient, mais l’armée leur refuse systématiquement des permis de construire. Leurs tentes ont déjà été détruites à trois reprises par les bulldozers de l’armée israélienne.

Yehuda Shaul, un des fondateurs de l’association israélienne « Brisons le Silence » : « Regardez là-haut, la colonie sauvage de Mitzpe Yaïr. Des personnalités officielles de la municipalité vivent dans des maisons illégales, et dans des colonies illégales ! Et pourtant, ce ne sont pas eux qui sont considérés comme un danger à l’ordre public, mais ces tentes que vous voyez là. C’est ça qu’Israël veut démolir, alors que les Palestiniens ne font que vivre sur leurs terres !»

A un kilomètre de là, l’école du village construite en dur il y a 2 ans grâce à l’aide internationale, a reçu, elle aussi, un avis de démolition de l’armée israélienne.

Mohammad Jaber Al Nawajah, son directeur : « Le droit de nos enfants à étudier, dans des conditions décentes, dans une école décente, doit être respecté. Nous avons des titres de propriété, prouvant que les colons occupent illégalement nos terres. Pourtant les colons, qui viennent du monde entier ici, ont le droit de prendre nos terres, le gouvernement les aide à construire des maisons modernes, des écoles, avec des aires de jeux, et mêmes des piscines. C’est la politique de l’apartheid qui est appliquée ici par Israël, pas la démocratie dont il se revendique. »

En tout, 16 villages situés au sud d’Hébron, en Cisjordanie, sont menacés de destruction par l’armée israélienne, ce qui représente environ 3000 personnes.

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