Reportage de Reza Nourmamode, correspondant en Bolivie

Johnny LLally, l’un des plus actifs défenseurs du Cerro Rico de Potosi, un patrimoine mondial de l’humanité en danger. Il s’agit d’un fabuleux gisement d’argent que l’Unesco a récemment placé sur la liste des sites en péril.

Le sommet de la montagne menace de s’écrouler, alors que des milliers de mineurs continuent d’opérer dans ses entrailles. Dans l’ancienne ville impériale, à 500 kilomètres au sud de La Paz, l’inquiétude grandit.

En arrivant à Potosi, on ne voit qu’elle. Cette montagne qui domine majestueusement la cité et culmine à près de 4 800 mètres d’altitude. Au sommet, un trou béant, que les autorités tentent de boucher et stabiliser afin d’éviter un effondrement plus important. Le résultat de près de 500 ans d’exploitation de minerais, principalement de l’argent.

Des centaines de kilomètres de galeries qui ont transformé l’intérieur du Cerro Rico en véritable gruyère.

Johnny Llally, le président du comité civique de Potosi

Depuis 2006 l’Unesco a demandé de ralentir de volume de travail dans les mines. Mais apparemment les mineurs ont compris l’inverse car ils ont accéléré les opérations et ont même apporté des machines de grande capacité, ce qui contribue à détruire encore plus le Cerro Rico. Nous sommes très inquiets, pas seulement pour la morphologie de la montagne, mais surtout pour la vie des hommes qui travaillent à l’intérieur.

Le Cerro Rico, « Montagne Riche » en espagnol, est l’un des plus forts symboles existants de la colonisation européenne sur l’ensemble des Amériques.

On raconte ainsi que les Espagnols auraient extrait assez de minerai de la montagne pour construire un pont d’argent entre le Nouveau Monde et le Vieux Continent. Un trésor dont n’a jamais profité la population locale, Potosi étant aujourd’hui la région la plus pauvre du pays.

Johnny Llally.

Johnny Llally

Le Cerro Rico a beaucoup donné, et surtout aux Européens qui se sont enrichis grâce à lui et ne nous ont rien laissé.

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Le Cerro, c’est aussi la principale attraction touristique de cette ville coloniale qui reçoit environ 70 000 visiteurs chaque année et c’est enfin et surtout 15 000 mineurs qui travaillent dans ses galeries.

L’immense majorité, comme Marcial, refuse de quitter les lieux.

Marcial

On voit bien que ça s’effondre petit à petit et c’est vrai qu’on a peur, surtout quand on vient travailler tout seul à l’intérieur. Ceux qui travaillent ici sous la montagne sont là pour gagner leur pain quotidien. C’est pour cela qu’on ne peut pas partir comme ça du jour au lendemain. Moi ça me mettrait en colère de devoir partir. La seule solution, ce serait qu’on nous envoie dans une autre montagne comme celle-ci, remplie de minerais.

Une légende affirme que le plus gros filon d’argent du Cerro Rico reste encore à découvrir. De quoi continuer à creuser la montagne.

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