Un reportage de Gabriel Kahn, à Kampala, en Ouganda

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En Ouganda, c’est une menace financière qui pèse sur les médias : de nombreuses radios et plusieurs journaux ont dû fermer ces dernières années, victimes de la pression financière exercée par le gouvernement, à travers la manne publicitaire, un gouvernement qui n’hésite pas dire que le rôle de la presse est d’éduquer la population et non parler de politique.

Ambiance électrique, comme chaque jour, dans les studios de CBS, l’une des radios les plus écoutées à Kampala. Mais le ton est badin : depuis que cette radio a été fermée pendant treize mois par le gouvernement, plus question de parler de choses sérieuses, du moins de celles qui pourraient donner une mauvaise image du président Museveni. Esther Wamala est depuis longtemps la rédactrice en chef adjointe de CBS.

Esther Wamala : « Non, on ne peut pas dire que nous ayons rouvert en toute liberté, car nous travaillons sans licence. Elle ne nous a pas été rendue. Donc nous faisons très attention à tout ce qui est dit sur nos ondes »

Longtemps soumis à un monopole d’Etat, les médias ont été libéralisés il y a une dizaine d’années en Ouganda. Ils se chiffrent désormais par centaines et certains ont une grande liberté de ton. Mais depuis les premières émeutes anti-gouvernementales en 2009, le gouvernement a resserré les vis. De nombreux journalistes ont été arrêtés, certains ont été battus ou torturés, des médias ont été fermés. Daniel Kalinati, le rédacteur en chef du principal quotidien indépendant en Ouganda, accusé de contrefaçon après avoir publié une lettre du président Musveveni avec des coquilles, passe son temps devant le tribunal depuis deux ans. Selon lui, le gouvernement utilise désormais surtout son pouvoir financier pour influencer les medias.

Daniel Kalinati : « Après avoir utilisé la violence, la loi, la menace de violence et la menace de la justice, nous sommes désormais dans une nouvelle logique : celle de l’argent. Les médias qui soutiennent le gouvernement bénéficient de revenus publicitaires. Les plus critiques en sont privés et personne ne sait comment ils survivront à cela »

Le directeur du Conseil des médias en Ouganda reconnait que le gouvernement, qui représente environ 60% des recettes publicitaires des médias, utilise ce levier pour les influencer. Il appelle par ailleurs les médias à plus d’éthique.

Fred Opolot : « C’est la responsabilité des journalistes. Ils n’ont qu’à respecter les normes éthiques des programmes »

Mais dans un état qui a longtemps été dominé par des médias publics, la notion même d’éthique des médias est souvent perçue comme étant suspecte par les médias indépendants, qui y voient une forme de pression pour les faire taire.

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