Un reportage de Carrie Nooten, à Singapour

Sophie Marceau : « Tout semble avoir tant de succès ici, j’espère que le cinéma se développera aussi bien que les banques. Je pense que Singapour est le parfait endroit pour cela, à mi-chemin entre l’Occident et l’Orient. Voila, c’est tout ce que je souhaite ! Et vive le cinéma ! »

Sophie Marceau s’adressait à la presse asiatique en anglais hier, alors qu’elle inaugurait le Festival du film français de Singapour. Elle a fait crépiter les flashes et apporté un peu de glamour sur le tapis rouge, avec d’autres acteurs comme Dimitri Storoge, Anne Le Ny, Fleur Lise Heuet ou Jules Sitruk.

Le cinéma français qui mène une vraie offensive pour s’imposer dans les salles obscures asiatiques.

C’est la deuxième édition du festival du cinéma français à Singapour, et pourtant c’est un rendez-vous qui commence à marquer les esprits en Asie. A ce jour, il n’existe encore aucun festival régional ou global du cinéma, comme on peut les trouver à Cannes, Berlin ou Toronto. Il y avait une opportunité à créer ; les Français l’ont fait et à une date très intelligente, puisque le festival se déroule en parallèle du marché asiatique des programmes de télévision – et que les acteurs importants de l’industrie sont tous à Singapour cette semaine.

Marc-Antoine Robert, producteur de Mains Armées : «Ce festival, c’est d’abord d’un point de vue égoïste d’avoir la chance de vendre mes films, en particulier le film de Pierre Jolivet qui sera projeté deux fois, d’avoir dans la salle tous les distributeurs locaux -pas seulement de Singapour-, mais aussi de la région. D’avoir des journalistes qui ensuite vont parler du film, ce qui va donner encore plus envie aux distributeurs de les acheter. Donc c’est vraiment une plateforme très ciblée sur cette zone géographique qui est en pleine expansion, ce qui est idéal pour un lancement de film. »

« Un bonheur n’arrive jamais seul », « Intouchables », « Ma Bonne étoile », « Le jour des corneilles »… En tout, douze films vont être présentés par Unifrance, l’organisme chargé de la promotion de notre cinéma à l’étranger, d’ici dimanche. Et à en croire le distributeur taïwanais Gene Yao, pour faire découvrir le cinéma français aux Asiatiques, c’est encore mieux qu’à Cannes !

Gene Yao, distributeur tawainais de Swallow Wings Films : « Quand je vais à Cannes, je ne regarde pas forcément des films français, parce qu’il a beaucoup trop de choix ! On va voir d’autres films en compétition. Mais en venant ici, on a plus d’opportunités : regardez, Unifrance est le seul à faire la promotion du cinéma ici. Donc si je suis intéressé par des films, je viens forcément sur le stand Unifrance. Mais pour qu’il y ait des films français à l’affiche partout en Asie, il faudra des opportunités et du temps. Je ne pense pas que cela arrivera demain ».

Pourtant, avec 350 productions par an en moyenne, le cinéma français est plutôt en bonne santé. C’est même le deuxième cinéma qui s’exporte le mieux après Hollywood. Mais généralement, il n’arrive à prendre qu’entre 2 et 4% des parts de marché dans les pays étrangers. En Asie, cette proportion est encore moindre (elle avoisine 1%), alors que rien qu’en Asie du Sud-est, on compte 600 millions de spectateurs potentiels et 2.400 écrans. Pour Jérôme Seydoux, le patron de Pathé, il faut redoubler d’efforts sur toute la zone.

Jérôme Seydoux : « Nous, le cinéma français, dans cette grande région du monde, on est encore des nains. On souffre toujours d’être en face de la grosse machine américaine, bien huilée, bien organisée, qui vend ses films dans le monde entier. Et les Français ne sont quand même pas habitués à vendre leurs films dans le monde entier, ils ont plus de mal, il faut être honnête. Moi je me suis donné un certain objectif d’améliorer les relations avec la Chine. Ce n’est pas facile ! Il faut passer la censure, et ensuite il y a des quotas. De films qui peuvent être véritablement exploités, il y en a 4-5 par an, ce n’est pas beaucoup. Vraiment il y a encore beaucoup de travail . »

Faire venir des légendes, et promouvoir les dernières générations d’acteurs en parallèle, ça risque bien d’être ça, la clé du succès du cinéma français en Asie.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.