Un reportage de Leïla Beratto, correspondante de Radio France Internationale en Algérie

Brahim : __

Une amnistie, cela viendra de nous. Mais l’Etat, que va faire l’Etat? Une ségrégation? Non. Ca viendra de nous. Inch’Allah.

Brahim est guide touristique à Ghardaïa, aux portes du désert algérien. Dans cette région, des affrontements entre deux communautés, les arabes et les Mozabites (des berbères) ont fait depuis le mois de novembre au moins 3 morts et beaucoup de dégâts matériels.

L’Etat semble avoir perdu toute légitimité et si les gendarmes ont réussi arrêter les violences, la paix est bien précaire.

Depuis mardi les violences ont d’ailleurs recommencé.

Alors, certains habitants tentent, à leur manière, de maintenir le calme.

La nuit est tombée depuis un moment mais Bouameur Bouafs a le téléphone accroché à l’oreille. Avec d’autres membres de la communauté arabe, il s’est déplacé dans une ville voisine où des magasins avaient été attaqués pendant la nuit.

Bouameur Bouafs :

On a fait un tour à Berriane pour voir la situation et lancer un appel aux Malékites, notre communauté, pour lancer un appel aux sages et à travers ces sages, aux jeunes.

__ Ce jour là, Bouameur Bouafs a été approché par des partis politiques pour mettre en place des discussions entre communautés, il a refusé :

Ils veulent participer à l’apaisement de la société. Je leur ai répondu que quelqu’un qui veut participer à l’apaisement doit être présent dès le début de l’événement, pas à la fin.

__ Une opinion que partage Mohamed Djelmami. Ce commerçant de la communauté Mozabite a organisé des rondes de surveillance dans son quartier et a réussi à calmer les jeunes qui voulaient barrer les routes.

Mohamed Djelmami :

On ne peut pas se présenter aux jeunes dans des conditions pareilles si on ne s’est pas auparavant présenté, et si on n’a pas travaillé avec ces jeunes là. Moi j’ai pu avoir un ascendant parce que ce sont des jeunes qui viennent me voir chaque après-midi. Je les aide par une adresse en leur expliquant comment utiliser Internet, comment voyager... Il faut une présence de tout instant.

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Moussa, un jeune de la communauté arabe, n’a pas participé aux violences, contrairement à ses amis. Pour se défendre uniquement, assure-t-il. Malgré tout, il estime que les tentatives de médiation sont vouées à l’échec.

Moussa :

Il y a des sages mozabites qui nous ont contactés et ils nous demandent d’aller les voir pour discuter. On a répondu qu'en ce moment, les nerfs sont à vif, les blessures trop récentes. Quelqu’un dont on a brûlé la maison, si tu lui dis ‘viens te réconcilier’, il ne pourra pas le comprendre.

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Ce mardi, après l’attaque d’un bus, les affrontements ont recommencé. Au moins un jeune a été tué. Les commerçants se sont remis en grève, mais les autorités n’ont pas encore réagi.

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