Un questions-réponses réalisé avec Pasale Guéricolas, en direct de Québec, au Canada

Région d'Attawapiskat, Ontario
Région d'Attawapiskat, Ontario © evita2005

Au Canada, depuis quelques semaines, beaucoup s’inquiètent du sort des Indiens d’une petite localité dans le Nord de l’Ontario, Attawapiskat, au bord de la Baie James.

Près de 25 familles de cette communauté autochtone vivent dans des maisons ou des abris de fortune, dépourvus de chauffage adéquat, sans eau courante.

Cette situation a poussé les dirigeants de cette localité à déclarer l’état d’urgence.

La chef de la communauté autochtone a pris cette décision en voyant qu’une bonne partie des habitants du village situé dans une zone très froide, risquait encore une fois de passer l’hiver sans chauffage, sans toilettes. Les gens s’entassent dans des maisons presque pas isolées. Des familles avec 3 ou 4 enfants n’ont qu’une pièce, chauffée avec un poêle de fortune.

La Croix-Rouge a donc livré d’urgence des vêtements, des sacs de couchage en novembre, comme elle le ferait dans un pays sinistré. Sauf que le Canada est un pays riche et qu’aucun cataclysme nature n’a touché Attawapiskat ces derniers mois.

L’extrême pauvreté dans laquelle vivent ces habitants s’explique en grande partie par leur statut d’autochtone vivant sur une réserve. En théorie, le gouvernement fédéral canadien a la responsabilité de s’occuper d’eux. Dans les faits, le dernier rapport de la Vérificatrice générale constate l’échec des instances publiques à améliorer les conditions de vie des autochtones à travers tout le pays.

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- Comment a réagi le gouvernement face à cette crise?

Pendant les jours qui ont suivi la déclaration d’état d’urgence, les élus au pouvoir n’ont eu de cesse de rejeter cette crise sur les responsables autochtones d’Attawapiskat. Ils les ont accusés d’avoir négligé les investissements adéquats en logement avec l’argent qu’ils reçoivent du gouvernement fédéral. Dans les faits, une bonne partie de ces fonds ont été investis dans l’école et les salaires des professeurs. Il faut savoir, aussi, que beaucoup d’enfants naissent chaque année naissent dans ce village, comme dans beaucoup de réserves amérindiennes. Rapidement, les logements ne suffisent plus aux familles, où certaines adolescentes ont déjà trois enfants à 16 ans. D’une façon générale, la moitié des autochtones au Canada ont moins de 25 ans, alors que le reste de la population canadienne compte toujours plus de retraités.

- Près de deux mois après la déclaration d’état d’urgence, que va-t-il advenir des habitants d’Attawapiskat ?

D’ici quelques semaines, 22 familles vont pouvoir habiter dans les maisons préfabriquées qui vont être livrées par le gouvernement fédéral. On doit attendre que les cours d’eau gèlent suffisamment pour acheminer ces énormes modules par les routes d’hiver.

Entre-temps, un bâtiment associatif a été aménagé pour parer au plus pressé. Le gouvernement a donc été forcé d’agir et de s’impliquer, car le tollé contre son inaction a été général au Canada, au point qu’on considère désormais Attawapiskat comme un tournant dans les relations entre le gouvernement fédéral et les autochtones.

Un sommet pour discuter des questions sociales entre les chefs autochtones et les représentants de l’Etat doit d’ailleurs avoir lieu le 24 janvier.

Les autochtones, qui seront bientôt majoritaires dans l’Ouest du pays, veulent sortir de la pauvreté et avoir droit aux mêmes conditions de vie que les autres Canadiens.

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