Reportage de Reza Nourmamode, correspondant en Bolivie

Le lieutenant-colonel Alexander Rojas, patron de la police anti-drogue de la région de Santa Cruz :

Les narcotrafiquants se rendent dans les squares, pour vendre de la drogue à notre jeunesse, à nos enfants. Or le narcotrafic est un crime et, logiquement, il génère de la violence.

Dans un sondage récent, 8 Boliviens sur 10 affirment ne pas se sentir en sécurité : la Bolivie, autrefois l’un des pays les plus sûrs du continent, prend un virage inquiétant.

La cité la plus touchée par cette insécurité croissante est Santa Cruz, ville la plus peuplée et capitale économique du pays, qui est aussi devenue celle du narcotrafic.

Troisième producteur mondial de cocaïne, la Bolivie est aussi devenue ces dernières années un pays de transit de la drogue péruvienne, essentiellement à destination du Brésil et de l’Europe.

Ces dernières années, des milices citoyennes, encadrées par la police, se sont même créées dans certains quartiers pour faire face à l’inefficacité de la lutte contre le crime.

Un mardi soir dans le commissariat du district 8 de la ville de Santa Cruz.

Tenue de camouflage et matraque à la ceinture, c’est l’heure de l’entraînement pour une dizaine de jeunes hommes.

Ils ne sont ni policiers ni militaires mais membres d’une brigade citoyenne, créée il y a quatre ans.

So Yun Chun, pasteur évangéliste et président de la brigade :

Tout notre quartier est devenu une zone rouge, une zone très dangereuse. Au début nous avons sollicité des patrouilles de police mais nous nous sommes rendus compte qu’il n’y avait pas suffisamment d’effectifs. Alors nous avons décidé, en tant que riverains, d’aider nous-mêmes les policiers.

A Santa Cruz, capitale économique du pays, les dénonciations de crimes et délits ont été multipliées par trois depuis 2005 avec près de 24 000 plaintes l’an passé.

L’apparition des brigades citoyennes soulage donc le colonel Johnny Rodriguez, commandant de police du district 8.

Le colonel Johnny Rodriguez, commandant de police du district 8 :

Depuis que ces brigades existent, il y a moins de danger, moins de braquages, moins de vols, moins de viols et autres crimes.

On compte aujourd’hui plus de 800 brigadiers citoyens à Santa Cruz. Leur quotidien : patrouiller avec la police et, comme ce soir, répondre aux appels d’urgence.

Une bataille rangée de gangs est signalée dans un quartier voisin, mais l’unité arrive trop tard.

Quelques mineurs sont tout de même arrêtés et conduits au commissariat. Une nuit productive pour Jamil, étudiant et brigadier.

Jamil, étudiant et brigadier :

C’est comme ça toutes les nuits. Le moment où on attrape les malfaiteurs, on sent une poussée d’adrénaline en nous. Et ça, il n’y a que ceux qui sont dans l’action comme nous qui peuvent le ressentir. C’est une grande émotion.

Santa Cruz, c’est la région qui abrite les plus grands laboratoires de fabrication de drogue du pays. Les autorités ont ainsi saisi plus de 18 tonnes de cocaïne en 2013. Une activité illicite en plein essor qui alimente l’insécurité.

Quant aux brigades citoyennes, symptomatiques de l’échec des forces de police, elles ont commencé à apparaître dans plusieurs autres grandes villes de Bolivie.

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drapeau bolivien © radio-france
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